Dimanche 4 mars 2007
François Bayrou à Caen le 1er mars 2007. | AFP/MYCHELE DANIAUJ'écrivais la semaine dernière que François Bayrou était en train de bouleverser l'échiquier politique français. Selon les conceptions des grands mouvements de l'Histoire, François Bayrou est soit le catalyseur d'une évolution inéluctable, soit l'un de ces grands hommes dont la vision transforme le destin des nations. Connaissant la modestie du bonhomme, j'imagine qu'il adhère à la première thèse.
 
Quoiqu'il en soit, et quel que soit le résultat final de l'élection présidentielle de 2007, François Bayrou a déjà gagné. Il a gagné en s'imposant comme présidentiable sans être issu d'une des deux grandes écuries politiques ; il a gagné en imaginant et crédibilisant une candidature anti-système qui soit refondatrice et non extremiste ; il a gagné en forçant les deux autres partis de gouvernement, et surtout le PS, à réexaminer leur identité politique, leur conception de la démocratie représentative et la cohérence de leurs programmes (la partie de ping-pong de l'alternance automatique est désormais finie). Il a enfin gagné en prouvant qu'on pouvait être perçu comme sincère, honnête et populaire tout en tenant un discours réformateur et ambitieux, complexe parfois, sans promesses qu'on ne saurait tenir.
 
On sent, à la fébrilité de nos adversaires, que Bayrou n'est pas comparable à l'épiphénomène Chevenement de 2002 : il en restera quelque chose après 2007. Qu'il soit 3ème homme, finaliste face à Nicolas Sarkozy, ou grand vainqueur, un grand mouvement de rénovation, moderne et humaniste, naîtra de l'élection de 2007. Ce grand parti occupera le vide politique que le PS, dans son absurde entêtement dogmatique, n'a jamais voulu occuper, celui de la 2ème gauche et de la social-démocratie européenne. Il occupera également le créneau que les ex-gaullistes ont toujours méprisé, celui des libéraux européens, héritiers des fondateurs de l'Europe. Ce sera la coalition des gens raisonnables, honnêtes et responsables, pour qui l'intérêt général surpasse les intérêts des corporations, des clientèles et des communautés.
 
Comme aucun mouvement d'une telle ampleur ne peut s'opérer dans la fluidité ni la facilité, on entends ça et là des objections variées, telles que la promesse de l'avènement d'une 4ème République ingouvernable en cas de victoire de Bayrou, avec comme seule opposition les extrêmes. Jusqu'à preuve du contraire, Bayrou n'ayant jamais parlé d'une coalition avec tous les partis républicains, mais entre des hommes, la pluralité partisane et la perspective d'alternance ne sont pas menacées. De l'autre côté, cf Laurent Joffrin dans Libération, Bayrou est soit de droite, et donc infréquentable, soit de gauche, s'il veut bien faire allégeance aux postures, symboles et thèmes traditionnels de la gauche socialiste. Ben voyons...Ces gens-là ont tellement fait leur fonds de commerce d'une gauche sclérosée accroché à ses icones et refusant le monde que la réinvention d'un réformisme progressiste et humaniste, efficace et équitable, n'est pas concevable dans leur logiciel. Trop tard, l'Histoire ne repassera pas les plats...
 
Dans cette perspective historique, j'appelai la semaine dernière à la redénomination de l'UDF en Parti Démocrate, qui occuperait le vaste espace politique libéré par des partis engoncés dans leur sclérose. François Bayrou a depuis parlé d'un "grand parti démocrate" qu'il créerait s'il était élu après la présidentielle, tandis que le président du groupe UDF à l'Assemblée nationale, Hervé Morin, a confirmé que le parti centriste devrait "changer de nom" en cas de victoire de François Bayrou à l'élection présidentielle (...) et devenir, pourquoi pas, le Parti démocrate".
 
On va dire que les grands esprits se rencontrent :-)
par Antonin Prade publié dans : Politique
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Lundi 19 février 2007

François Bayrou, 2ème homme? 3ème homme? notre futur président? Quelque chose est réellement en train de se passer dans le paysage politique français. En vrac, quelques éléments sondagiers, donc susceptibles d'évoluer, à propos de François Bayrou :

- une percée à 16%, voire 17% dans un sondage, soit un point de moins que Le Pen en 2002

- 55% des Français qui aimeraient le voir au 2ème tour

- une victoire possible dans les deux cas de figure face à Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy,

- le 3ème homme politique préféré des Français après Simone Veil et Bernard Kouchner,

- un discours sincère, non démagogique et surtout très respectueux qui touche juste des citoyens (bref, un retour "qualitatif" d'un niveau très élevé)

Il est à noter que cette bonne cote est obtenue avant même la proposition aux Français d'un programme, qui aura lieu à partir de cette semaine, en particulier dans un livre, le Projet Espoir.

Au-delà de ça, en envisageant de gouverner avec un "Delors jeune", un DSK, un Borloo, François Bayrou propose une coalition des gens raisonnables, et de bonne volonté. Des gens qui comprennent et accpetent le monde tel qu'il est, sans croire à une pseudo-exception française, et veulent l'améliorer, sans promesse démagogique, sans non plus stigmatiser une partie de la population contre une autre.

Le Parti Socialiste ne parvenant pas à faire sa mue sociale-démocrate, l'UDF occupe le vide politique, idéologique et électoral laissé béant. Pour cela, l'UDF a fait sa mue, avec quelques grincements, concrétisés par les départs progressifs des DL en 98, des chiraquiens en 2002, des Santini et autres Baguet en 2007 (aucun regret, sauf peut-être pour Santini).

Dans cette perspective, il se peut que nous vivions actuellement une accélération de l'histoire, avec à gauche la disparition, tout du moins électorale, de gauchistes enferrés dans leur impasse idéologique et la scission à venir du PS entre les sociaux-démocrates d'une part et les archéos de l'autre. On m'objectera la synthèse entre "nonistes" et "ouistes" de gauche réalisée par Ségolène Royal et son sursaut sondagier actuel. Malheureusement pour elle et pour la France, je répondrai que les bons sentiments et la stigmatisation ne font pas une politique au service de l'intéret général. Je répondrai également que la situation de la France nécessite une analyse et un programme socio-économique pertinents et honnêtes, ce qui est loin d'être le cas (sur TF1, sa réponse à la question du financement des retraites releva a mieux du flou artistique, au pire du flagrant mensonge). Je répondrai enfin que la démocratie représentative est aujourd'hui très perfectible mais pourtant aujourd'hui indépassable, surtout avec ces gadgets électoraux qu'ont été les bureaux des pleurs des débats participatifs.

Quant à la droite, on peut s'attendre à la disparition ou la réduction à la portion congrue de l'autre impasse politique que constitue le FN, impasse tant pour ses adhérents et que pour ses dirigeants, et à la "droitisation" subséquent de l'UMP, parti néo-conservateur libéral ami du "big business", qui sera à terme tenté par le protectionnisme régional et le communautarisme.

Si l'on force le trait, cette recomposition du paysage politique français autour d'une nouvelle ligne de fracture, devrait avoir comme mannifestation sémantique un changement de nom pour l'UDF, qui devra alors s'appeler LE PARTI DEMOCRATE, que j'appelle de mes voeux.

PS : si François Bayrou l'emporte et que DSK, que j'ai épinglé l'autre jour, devient son premier ministre, je mangerai alors volontiers mon chapeau, mais à condition qu'il oublie son idée absurde d'imposition des Français habitant à l'étranger...mais on n'en est pas là, l'ami DSK n'ayant même pas démenti ni refusé une collaboration avec Bayrou, depuis le Canada, où il donne actuellement des conférences (décidément...), ce qui doit beaucoup amuser ses petits copains socialistes!

par Antonin Prade publié dans : Politique
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Vendredi 9 février 2007

Ca y est. L'ex-social-démocrate Dominique Strauss-Kahn a définitivement choisi sa voie : en proposant, dans son rapport sur la fiscalité commandé par la candidate Ségolène Royal de taxer les français vivant à l'étranger, il s'inscrit dans la logique imbécile et suicidaire du Parti Socialiste français de refus aveugle de la mondialisation, des échanges financiers, commerciaux et humains, de la compétitition qu'elle impose, mais aussi des opportunités et des richesses qu'elle génère.

Ses mots sont explicites : « Il n’est plus acceptable que des citoyens français parviennent à échapper à l’impôt en s’installant hors de France. Nous proposons de définir une contribution citoyenne qui sera payée en fonction de ses capacités contributives par tout Français établi à l’étranger et ne payant pas d’impôt en France ».

Outre que cette mesure paraît inapplicable en vertu du principe juridique de territorialité de l'impôt, elle bute sur des questions légitimes et des obstacles apparemment insurmontables : les français établis à l'étranger paieront-ils ainsi deux fois leurs impôts, dans leur pays d'origine et dans leur pays d'accueil ? DSK propose-t-il la mise en place d'un fisc global sous l'égide de l'ONU pour traquer les Français installés à l'étranger? cette mesure concerne-t-elle les binationaux (qui risquent d'être surpris par la mesure)? Si l'on rattache l'impôt à la nationalité et non au territoire, les étrangers vivant en France pourront-ils être exemptés de l'impôt français? ou au contraire, les socialistes français ne vont-ils pas finir, en allant au bout de leur logique, par demander aux étrangers ne résidant pas en France une contribution pour financer notre administration et notre sécurité sociale? Cela serait naturellement justice au vu de ce que la France apporte au reste du monde.

En résumé, ce pauvre DSK croyait avoir sorti de son chapeau une idée innovante ; il a juste sorti une énorme absurdité économique, juridique et politique. Connaissant la duplicité du bonhomme, on peut le soupçonner d'avoir balancé à dessein dans le programme royaliste ce ridicule paquet-surprise, qui paraîtrait presque cohérent dans le grand n'importe quoi de la campagne et des idées de Madame Catastrophe.

En revanche, cette sortie marque, pour le presque unique, et en tout cas le plus emblématique, représentant de la social-démocratie française, le choix du socialisme à la française, bouffi de bonne conscience, empreint de démagogie et seul à avoir raison contre le reste du monde et le bon sens, au détriment du réformisme progressiste que les autres socialistes européens ont choisi.

Tant pis pour le Parti Socialiste, qui a choisi de laisser passer son rôle historique, et qui ne devrait pas tarder à exploser entre des factions se battant pour savoir qui est le plus à gauche, le plus pur, le plus social.

Tant mieux pour l'UDF, qui portera très bientôt l'étendard du réformisme humaniste.

par Antonin Prade publié dans : Politique
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Samedi 3 février 2007

J'ai trouvé ça en me baladant sur Dailymotion

Incroyable...y en a qui sont vraiment à bloc!

http://www.dailymotion.com/FanofFB/video/x14ebz_k-bayrou

par Antonin Prade publié dans : Politique
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Samedi 27 janvier 2007

Cette campagne est partie sur les chapeaux de roue en ce mois de janvier 2007. Il est parfois difficile d'en suivre le rythme pour les observateurs avisés et surinformés ; j'imagine que la plupart des Français ne sont à l'écoute immédiate de la dernière rumeur, de la dernière déclaration ou de la dernière vicissitude de la campagne. J'imagine également que les réactions au sacre de la Porte de Versailles, aux gaffes en série et aux problèmes d'obtention des 500 signatures des uns et des autres sont très différement perçues que ce qu'en imaginent les commentateurs politiques. 

On peut juste noter que la campagne, pour ce qui occupe le plus les médias, à savoir l'opposition entre le candidat UMP et la candidate du PS, prend un tour assez détestable avec le même rythme ternaire pénible :

1. Gaffe ou phrase naïve de Ségolène Royal ou d'un de ses soutiens

2. Réaction tour à tour cynique, ironique ou hypocrite de Nicolas Sarkozy ou d'un de ses lieutenants

3. Mesure du résultat du match de ping-pong dans le dernier sondage

C'est une séquence politiquement et intellectuellement pauvre et stérile et ça n'augure ni d'un débat constructif, ni d'un grand respect entre les 2 partis ; François Bayrou va vraiment avoir du mal à faire travailler ensemble tous ces gens-là quand il devra redresser la France...

A propos de Bayrou, on est désormais au-delà du frémissement, on est dans l'affirmation d'un potentiel de présidentiable, avant d'être demain un vrai outsider, si l'on continue à ce rythme. Beaucoup de gens disent en en particulier apprécier la dignité de la campagne et le respect de François Bayrou pour les citoyens du pays, quand l'une leur ment et l'autre les manipule...

D'où des sondages qui le placent entre 9% et 13%, 4ème ou 3ème homme (quelle jubilatoire revanche sur l'Histoire et le 21 avril si Bayrou dépassait Le Pen!) : Bayrou est aujourd'hui le seul candidat à avoir une  dynamique positive, quand les autres s'érodent ou stagnent et il profite à plein du désistement de Nicolas Hulot (qui a dû lire mon blog la semaine dernière) et du dégonflement progressif du ballon de baudruche Royal.

 

par Antonin Prade publié dans : Paris
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