Jeudi 4 janvier 2007

Je vous avais parlé récemment de mes jeunes amis les courageux dirigeants de Samas, qui ont délocalisé leur production de meubles de bureaux depuis la Chine vers leur usine de Picardie...Libé vous en dit un peu plus aujourd'hui...

Une bonne nouvelle économique pour commencer 2007, ça ne se refuse pas!

Des meubles qui reposent pied en France
QUOTIDIEN : jeudi 4 janvier 2007
L'année dernière, les 15 000 m2 de l'usine de Noyon (Oise) paraissaient presque vides. Les commandes se réduisaient, le travail manquait. «Rapidement, c'est devenu comme une psychose», témoigne la directrice des ressources humaines. Puis la direction de Samas France, filiale du numéro 1 européen du mobilier de bureau, a décidé de rapatrier en France une partie de la production délocalisée en Chine cinq ans plus tôt. Depuis septembre, Noyon et ses 150 salariés tournent à plein. «On ne fait pas de patriotisme économique, précise Valentin Schmitt, directeur des opérations de Samas France. On a pesé le pour et le contre en faisant fi de tous les dogmes : "Délocaliser rend plus compétitif", "L'industrie n'a plus d'avenir en France"...» Après cette «pesée», la relocalisation s'est imposée. Driss Jaouze, délégué syndical CFDT et salarié à Noyon depuis 1972, ne parle plus que de «la confiance» que les dirigeants ont faite à son usine. «On ne pourra jamais être aussi rentables que les Chinois, mais on va se rattraper grâce à une meilleure organisation.» 

 Au début des années 2000, Samas France décide de faire construire ses caissons et ses piétements de bureaux près de Canton, en Chine, pour économiser en salaires. Quatre ans plus tard, Samas France dépose le bilan. Et après un redressement judiciaire, la nouvelle direction décide de remettre à plat cette affaire de déloc... L'activité de l'usine de Noyon ne suffit plus à rentabiliser les équipements, ni à occuper les salariés, en chômage partiel un jour par semaine. Il fallait faire un choix : délocaliser totalement en Chine et fermer l'usine de Noyon. Ou au contraire, relocaliser dans l'Oise. «L'une des marques de notre groupe, Ronéo, existe depuis deux cent soixante ans, explique Valentin Schmitt, directeur des opérations . En Chine, les gains sur les coûts salariaux sont évidents. Mais une entreprise, c'est aussi une histoire, des compétences accumulées. En fermant une usine, on les perd sans pouvoir les récupérer. On s'est rendu compte que cette délocalisation posait pas mal de problèmes.»

«Ce n'est pas des jeans qu'on fabrique, ce sont des caissons de bureaux», lance Driss Jaouze. Et ça fait toute la différence : si ramener des puces électroniques de Thaïlande peut s'avérer rentable, pour les meubles plus volumineux, c'est une autre affaire. De la Chine à Noyon, cinq semaines de bateau. Et les prix du baril de pétrole qui ne cessent d'augmenter. «Vu l'ampleur des questions environnementales aujourd'hui, on a fait le pari que dans un avenir proche, les politiques de transport évolueront. Une taxe sur les billets d'avion vient d'être votée, pourquoi pas sur tous les moyens de transports ? Pour caricaturer, nous préférons payer nos équipes que le pétrole.» Autre sujet d'inquiétude : la réactivité de l'entreprise. La plupart des clients de Samas France sont cotés au CAC 40. Et soucieux de leur image. Ils réclament un mobilier à leur couleur, à leur logo. «Nos produits doivent être de plus en plus personnalisés, poursuit Valentin Schmitt. On le sait, les clients réclament un service plus qu'un produit. Ce qui suppose une proximité avec eux. Il faut pouvoir leur présenter un prototype en un temps record, qu'ils le montent in situ, le fassent valider par leurs salariés.» Pour contourner les difficultés de communication avec ses partenaires asiatiques, Samas envoie régulièrement ses équipes sur place. Ce qui coûte de l'argent et du temps. «Entre le moment où nous recevons un plan du bureau à construire et celui où nous livrons une démo à l'entreprise, il nous suffit de trois ou quatre jours quand il est monté en France. Contre huit semaines pour la Chine. Aucun client n'accepte d'attendre autant.» En parallèle à la relocalisation, Samas France a mené une réorganisation de sa production. Les salariés de Noyon ont perdu de leur polyvalence, le travail a été rationalisé. Pour rendre les salariés «plus performants», explique la DRH du site. «50 % de l'écart de coût a été trouvé dans l'amélioration du process. On considère qu'on gagnera les 50 % restants grâce à la baisse des coûts du transport», rapporte Valentin Schmitt.

Cette relocalisation ne serait pas un cas marginal. «Beaucoup d'entreprises s'engagent à l'étranger pour rapidement découvrir que leur choix n'était pas très judicieux, commente l'économiste Olivier Bouba-Olga. Leur raisonnement de base est souvent partiel. On évalue facilement les gains qu'on tirera du coût du travail. Mais on néglige tous les coûts cachés : les problèmes de qualité, le prix de formation de la main-d'oeuvre, le taux de change, les assurances, les transports... Tout dépend du secteur : le coût de la main-d'oeuvre est-il prépondérant ? A-t-on besoin d'une grande proximité avec le client ?» Une étude du cabinet McKinsey réalisée aux Etats-Unis en 2005 montre l'écart entre la perception des entreprises et la réalité : interrogés, les chefs d'entreprises californiens du secteur plastique estiment qu'ils feraient un gain de coût de 22 % en délocalisant en Asie. Après études des coûts cachés (logistique, assurance, formation, défauts), les chercheurs estiment qu'ils n'en gagneraient que 11 %. Et s'ils réorganisaient, en Californie, leur appareil productif pour le rendre plus rentable, ils n'en gagneraient plus que 3 %... «Tout cela explique que les délocalisations ne pèsent pas aussi lourd qu'on le dit sur le marché de l'emploi, assure l'économiste. Les délocalisations vers les pays en développement ne représentent que 5 % des destructions d'emplois sur le total des restructurations des Quinze.» Et que certains départs se finissent en retour.

par Antonin Prade publié dans : Economie
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Jeudi 28 décembre 2006
Je vous conseille vivement Le Jour où la France a fait faillite, un livre bien documenté et très réaliste de politique fiction sur le jour pas si lointain où les créanciers internationaux d'une République Française plombée par son laxisme budgétaire et la lâcheté de ses hommes politiques refuseront de lui faire crédit...
 
Alors d'accord, le bouquin est co-écrit par Philippe Jaffré (oui, oui, celui des stocks options d'Elf), d'accord c'est Ségolène Royal qui y a gagné en 2007, mais il a le mérite d'alerter, tant que c'est encore possible, sur cette bombe à retardement qui nous pend au nez et qui est un des principaux chevaux de bataille de François Bayrou et de l'UDF dans les échéances électorales prochaines. 
par Antonin Prade publié dans : Economie
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Jeudi 28 décembre 2006

Pour ne pas oublier en ces fêtes de fin d'année à quel point la France de 2006 va mal, à quel gâchis humain la relativisation de toutes les règles et de toutes les autorités a mené et l'ampleur du chantier pour 2007 et les années suivantes, voici un petit article un peu désespérant sur les auteurs de l'incendie du bus marseillais en novembre dernier, où une jeune fille a été brûlée vive :

Huit jeunes gens très ordinaires LE MONDE | 27.12.06

MARSEILLE CORRESPONDANT RÉGIONAL

Elle gît toujours sur son lit d'hôpital de la Conception à Marseille. Depuis deux mois, sa famille se relaie sans relâche à ses côtés : Mama Galledou, étudiante sénégalaise de 26 ans gravement brûlée sur tout le corps, était dans le bus marseillais de la ligne 32, incendié le 28 octobre au soir. Huit mineurs marseillais, dispersés dans toutes les prisons du Sud-Est, sont mis en examen pour "incendie volontaire ayant entraîné une infirmité ou une mutilation permanente". Ils risquent jusqu'à vingt ans de réclusion criminelle. Il semble bien, pourtant, qu'ils n'aient pas du tout réalisé la gravité de leur acte.

Les deux juges d'instruction connaissent déjà beaucoup de choses de ces mineurs "qui n'ont pas le physique des faits qu'ils ont commis", comme le dit Me Catherine Bui, qui défend l'un d'eux. Presque tous ressemblent "à un gamin qui a grandi trop vite", comme le dit un autre avocat. L'âge de ces jeunes gens va de 15 ans à 17 ans. Et le plus jeune, "tout frêle, tout petit, a l'air de sortir du CM2", selon son avocat, Me Philippe Vouland.

Sept d'entre eux habitaient les différentes cités que dessert l'arrêt de bus Les Lilas, un autre y venant souvent voir sa grand-mère et ses amis. Leurs familles sont souvent "dans un terreau de difficulté sociale", comme l'explique Me Jean Boudot, avocat de la famille Galledou. Mais elles sont très différentes.

Dans deux cas, le foyer semble vivant et calme : le père et la mère travaillent et s'occupent au quotidien de leurs gamins, qui sont de bons élèves. Bien sûr, il y a des histoires plus compliquées : après une séparation douloureuse, une maman seule, débordée et vivant entre RMI et allocations familiales, a un aîné déjà en prison. Le papa d'un autre est seul et chômeur, mais il semble couver ses enfants, et ses deux filles réussissent parfaitement bien.

Cet échantillon de jeunes gens paraît représentatif de la diversité qu'on rencontre dans les quartiers nord de Marseille. Deux sont de bons élèves, et un grand gaillard qui mesure 1 m 80 à 17 ans est inscrit dans un lycée privé classique pour échapper, selon ses parents, aux mauvaises influences des établissements difficiles. Les autres naviguent avec plus ou moins de bonheur dans des lycées professionnels. Un seul semble avoir lâché prise.

Le portrait judiciaire est aussi contrasté : un seul a connu la prison, et très brièvement. Un autre, dont le défenseur dit qu'il est "psychologiquement troublé", a eu maille à partir avec la justice des mineurs pour des outrages.

Amateurs de PlayStation et télévision en tête, ils sont tous mordus de foot, que pratiquent régulièrement quatre d'entre eux. Mieux : un des plus jeunes est capitaine de son équipe, quand un autre, judoka émérite, dispose de deux licences d'arbitre pour des sports collectifs. Comme le dit Me Hakim Ikhlef, qui le défend : "Cela montre qu'il sait ce qu'est l'autorité et l'interdiction de la violence."

Et pourtant... Neuf semaines après les faits et autant de jours de détention, après plusieurs auditions par la police et les juges, ils n'ont pas encore pris la mesure du forfait. Demandant une liberté provisoire qui lui a été refusée, l'un d'entre eux a esquissé quelques mots de compassion envers la victime. "Elle était étudiante comme moi", s'excuse-t-il. Mais tous ceux qui les ont entendus constatent, comme Me Alain Molla, avocat de la partie civile, "qu'ils restent dans le déni de la réalité". Et Me Boudot d'insister : "Pas un n'a dit : "Je suis accablé", devant le juge."

Ils reconnaissent pourtant tous avoir participé à ce que la justice appelle officiellement "une opération décidée, préparée, exécutée en commun". Mais, alors qu'ils connaissent certainement le rôle de chacun dans l'interception du bus, dans le maintien des portes ouvertes afin de faire évacuer les passagers, dans le jet de l'essence prise dans deux bouteilles préalablement cachées dans un buisson, personne ne veut avouer avoir jeté le mouchoir enflammé. Et personne ne veut dire qui l'a fait.

Comme l'explique Me Michel Lao, qui défend un jeune homme de 16 ans : "Ils racontent les faits comme s'ils avaient été commis par d'autres." Un autre avocat précise : "Les faits sont reconnus quand les juges leur sortent les vers du nez. Mais sans émotion." Comme s'ils avaient été commis "par le groupe, dont ils reconnaissent faire partie, "le groupe" endossant une responsabilité qu'ils n'ont pas tout à fait". Un avocat estime "qu'ils constituaient plus qu'un groupe informel, mais moins qu'une bande organisée". Me Boudot propose une image : "C'est comme quand un souffle de vent fait tournoyer quelques feuilles et que, bientôt, quelques autres viennent s'agréger autour d'elles, formant un tourbillon qui retombe avec le vent. Là il y a probablement quelques meneurs, plus bravaches que les autres, et d'autres qui suivent et participent."

"De toute façon, on est tous responsables de la même manière", a dit l'un des jeunes gens, quand l'autre se sent "juste coupable d'avoir voulu voir". Car il est acquis qu'ils ne voulaient blesser personne : la conductrice et les passagers ont témoigné qu'ils ont crié aux passagers de sortir du bus.

Gommant la souffrance de la jeune fille, ils s'en tiennent à leurs intentions initiales : il s'agissait de montrer que les jeunes Marseillais "bougent eux aussi" et peuvent faire comme ceux qui avaient brûlé un bus à Nanterre ou à Lyon. Me Thierry Ospital, chargé de la défense d'un fils de maçon, soupire : "D'un certain point de vue, c'est encore plus effrayant de constater que brûler un bus n'a, pour eux, rien de grave."

Ces huit jeunes gens baignent encore dans l'irresponsabilité, qui s'accompagne parfois d'un "sentiment d'importance" plus ou moins avoué. Le sentiment d'avoir brillé et de n'être pour rien dans les souffrances infligées à Mama Galledou.

PS : On notera juste la légère différence d'interprétation de la crise des banlieues entre ce qui peut ressortir de cet article et ce que raconte le Parti Socialiste (communiqué d'octobre 2006) : "Les atteintes volontaires à l’intégrité physique ont augmenté (...) depuis 2002, sur un terreau de montée des inégalités sociales. Le gouvernement n’a même pas tenu ses maigres engagements et le désespoir s’accroît."

 

par Antonin Prade publié dans : Politique
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Jeudi 21 décembre 2006

Dans la presse française, on lit ça :

"Ségolène Royal a renoncé à se rendre aux États-Unis les 13 et 14 décembre, comme elle avait prévu de le faire. La candidate socialiste a expliqué mardi soir qu'elle était « invitée à un colloque à Boston du Parti démocrate américain, en présence de Bill Clinton ». Surtout, depuis déjà avant l'été, l'équipe de la candidate travaille pour organiser une rencontre avec (...) Hillary Rodham Clinton, sénatrice de New York et possible candidate démocrate à la présidence en 2008. L'occasion de jouer la « carte femme », comme elle l'avait fait au Chili avec la future présidente Michelle Bachelet. Mais Hillary ne sera pas à Boston la semaine prochaine. Royal a donc repoussé sa visite américaine à la fin janvier."

Mais dans la presse étrangère (Reuters), on lit plutôt ça :

L'une est française, l'autre est américaine. Toutes les 2 peuvent devenir les premières femmes présidentes de leur pays. Mais Ségolene Royal et Hillary Clinton vont-elles passer leurs batailles électorales respectives à se snober ? (...) La candidate socialiste, 53 ans, relative nouvelle venue en politique avec peu d'expérience en politique étrangère, avait peu fait secret de son souhait de rencontrer Hillary Clinton pour mettre en avant sa stature de chef d'Etat international. Mais après les gaffes du voyage au Moyen-Orient, la sénatrice démocrate était rien moins qu'enthousiaste à l'idée d'une rencontre publique avec la candidate française. "Hillary (...) ne veut pas être associée aux commentaires récents de Royal qui ne seraient pas bons pour son image, confie un de ses conseiller. Et Philippe Reines, un porte-parole d'Hillary, d'ajouter :  « Il n'y a jamais eu de réunion prévue ou à programmer. »

Et dans le Herald Tribune, on a le mot de la fin :  « Ségolène et Hillary deux femmes de gauche qui vont essayer de se faire élire. Mais la comparaison ne va pas plus loin . La relation Ségolène Hillary est un fantasme français. Car ce qui fait la force de Hillary Clinton ce sont ses idées politiques et non pas le fait qu'elle soit une femme. C'est la substance et la clarté des ses prises de position alors que le fondement de la popularité de Madame Royal c'est d'abord sa féminité et ensuite son apparence de modernité. Après ses mésaventures au Proche-Orient Madame Royal risque d'être accueillie par Madame Clinton avec un sourire crispé». Et bien même pas...

par Antonin Prade publié dans : Politique
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Jeudi 21 décembre 2006

un blog que j'ai bien aimé parcourir et que je vous recommande : http://www.politiquecafe.com

 

par Antonin Prade publié dans : Politique
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