Mardi 8 août 2006 2 08 /08 /Août /2006 17:09

On a beau vivre dans le Centre de Paris dans un environnement privilégié, libre et cosmopolite, on a beau croire qu'on a réussi à construire dans le Marais une poche de tolérance quasi-unique, certains faits divers tragiques nous ramènent péniblement à la réalité : c'est aujourd'hui un jeune homme qui est dans le coma à Paris (voir article du Figaro ci-dessous), c'était hier un homme transformé en torche humaine dans son jardin et un autre encore passé à tabac à Marseille dans une "chasse aux pédés" en 2004.

Ce sont également, tous les jours, des mots qui blessent, qui entérinent la différence et qui légitiment la violence gratuite. A titre d'exemple, si l'action politique du maire de Paris, Bertrand Delanoé, est à bien des égards hautement contestable, on ne peut qu'être frappé par le déchaînement verbal écoeurant que son homosexualité affichée déclenche systématiquement.

Les libertés individuelles ne sont jamais définitivement acquises ; seules une large solidarité sans faille et l'enseigment sans répit de la tolérance peuvent les entériner. Et c'est un travail de longue haleine.

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L'agression d'un jeune homosexuel traumatise le Marais - Le Figaro, 7 août 2006

Retrouvé inconscient dans un parc de Vitry-sur-Seine, Bruno Wiel est dans le coma depuis dix-sept jours.

LA COMMUNAUTÉ homosexuelle du quartier du Marais, à Paris, est bouleversée depuis la découverte, le 21 juillet dernier dans un bosquet du parc des Lilas de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), du corps tuméfié de Bruno Wiel. Ce comptable de 28 ans avait été vu pour la dernière fois au Banana Café, boîte gay parisienne, dans la nuit du 19 au 20 juillet. Il n'est sans doute jamais rentré à son domicile du XIVe arrondissement et a été retrouvé par des promeneurs plus de 24 heures plus tard, entièrement dénudé, à demi-conscient, grièvement blessé. Admis à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil, plongé dans un coma artificiel, le jeune homme souffre de graves traumatismes crânien et thoracique. Le pronostic médical est réservé.

Au Banana Café, où l'appel à témoins a été placardé sur la façade, Sébastien Groud, le directeur, «n'en dort plus depuis quinze jours». Il connaissait la victime, un habitué qu'il décrit comme un garçon «très gentil, discret, voire timide». «Les médecins ont affirmé qu'il a été torturé, brûlé, et que ses agresseurs ont pris sa tête pour un ballon de foot», dit-il, «profondément écoeuré». À ses yeux, le crime homophobe ne fait pas de doute : «Bruno n'avait jamais d'argent sur lui, pas de Carte bleue.»

La police judiciaire, chargée de l'enquête, se veut prudente et souligne qu'un homosexuel agressé «ne signifie pas forcément agression homophobe». L'appel à témoins a été lancé pour reconstituer l'emploi du temps de la victime. Le soir du 19 juillet, les videurs du Banana Café l'auraient vu arriver légèrement éméché, accompagné de deux hommes avec qui il serait reparti au petit matin.

D'après un enquêteur, Bruno Wiel, «qui connaissait beaucoup de monde dans ces établissements du Marais», ne se sentait pas menacé. Il surfait volontiers sur les sites Web de rencontres. Foued, habitué du Banana Café, estime que les homosexuels, qui donnent volontiers des rendez-vous à des inconnus, «se mettent souvent en danger».

Jean-Phi, le DJ, se plaint quant à lui d'une recrudescence d'homophobie dans le quartier. «Les insultes pleuvent ouvertement, dit-il, et il y a même des jeunes qui viennent casser de l'homo à la sortie de boîtes.»

Par Antonin Prade - Publié dans : Paris
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Jeudi 3 août 2006 4 03 /08 /Août /2006 15:36

 

La 1ère circonscription de Paris, qui regroupe les 1er, 2ème, 3ème et 4ème arrondissements et compte environ 50 000 électeurs présente des caractéristiques politiques et sociologiques susceptibles de favoriser une implantation de l'UDF autonome et de ses idées aux prochaines élections présidentielles, législatives et municipales. A la condition de présenter des candidats incarnant le renouvellement et l'autonomie et de tenir un discours progressiste, lisible et honnête...L’originalité de l’UDF, fondée sur l’indépendance et l’honnêteté, la volonté de rénover les institutions et la vie politique françaises ainsi que sur son engagement européen historique, devrait trouver à moyen terme une résonance particulière dans une circonscription telle que la 1ère de Paris. On trouve en effet dans ces quartiers en effet une combinaison quasi-unique de populations aisées d’un niveau éducatif et culturel élevé, de communautés relativement homogènes et de classes moyennes actuellement fragilisées. Si ces quartiers constituent objectivement une bulle privilégiée, ses habitants y sont cependant très ouverts aux problèmes du reste de la France. Certains habitants y font également partie de classes moyennes actuellement fragilisées par le chômage, la dégradation du pouvoir d’achat et la crise du logement. Enfin, les citoyens du centre de Paris sont aisés mais solidaires, communautaristes mais cosmopolites, avant-gardistes sur certains sujets (mœurs, environnement) mais conformistes dans leur mode de vie.

Comme dans le reste de la ville et dans les autres grandes villes de France, les électeurs du centre ont parfois été à contre-courant des vagues électorales nationales, comme aux municipales de 2001 (3 arrondissements sur 4 passés ou restés à gauche), aux présidentielles (Lionel Jospin en tête, Le Pen à moins de 5%) et aux législatives de 2002 (élection de Martines Billard, la candidate des Verts soutenue par le PS). Au référendum de 2005, le « oui » y a recueilli plus de 70% des voix. En conséquence, le Centre de Paris semble le terreau idéal pour un vote « progressiste », mais différent du vote socialiste.

Bien qu’ayant brillé par son absence depuis 2002, Martine Billard devrait se représenter en 2007 sous les couleurs des Verts et PS. Elle devrait cependant moins bénéficier de la dynamique « Verte », nettement moins forte dans ces quartiers qu’en 2001-2002. Il est par ailleurs possible qu’un candidat socialiste dissident se présente, ce qui réduirait son socle de voix. A droite, il est vraisemblable que les électeurs de la 1ère circonscription soient peu séduits par le discours sécuritaire que l’UMP devrait adopter en 2007, surtout si Nicolas Sarkozy est son candidat.

En conséquence, la qualification pour le 2ème tour avec un minimum de 12.5% des suffrages exprimés, est clairement accessible, en particulier au vu des résultats historiques de l’UDF présentés ci-dessous.  Au deuxième tour, la maximisation du potentiel de voix ainsi qu'une dispersion des voix à gauche sont les conditions d’une victoire surprise envisageable dans le cadre d’une triangulaire ou d’une quadrangulaire.

1.      Résultats moyens de l’UDF aux 1ers tours de scrutin dans les 1er, 2ème, 3ème et 4ème arrondissements de Paris depuis 2002  

 

 2.Détail des résultats par arrondissement

 Européennes 2004 (Liste UDF conduite par Marielle de Sarnez) :

1er arrondissement : 13,47%

2ème arrondissement : 13,27%

3ème arrondissement :  12,75%    

4ème arrondissement :   13,23%

 1er tour Régionales 2004 (Liste UDF conduite par André Santini) :

1er arrondissement :             16,99% 

2ème arrondissement :          15,81%    

3ème arrondissement :          15,34% 

4ème arrondissement :         16,51%

Législatives 2002 (Patrick Lozes) :   

1ère circonscription :             6,7% (pas de détail disponible)

 1er tour Présidentielle 2002 (François Bayrou) : 

1er arrondissement :             7,6%

2ème arrondissement :          7,8% 

3ème arrondissement :          7,4% 

4ème arrondissement :          7,8%

 3.      Résultats du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen dans les 1er, 2ème, 3ème et 4ème arrondissements de Paris  (score du Oui) :

1er arrondissement :             72,41%

2ème arrondissement :          71,59%

3ème arrondissement :          72,38% 

4ème arrondissement :          71,29% 

Par Antonin Prade - Publié dans : Paris
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Lundi 15 mai 2006 1 15 /05 /Mai /2006 17:28

Politiques
François Bayrou, centriste granitique

Par Alain DUHAMEL
mercredi 17 mai 2006

L'un des clichés les plus absurdes de la politique française postule que le centriste serait congénitalement invertébré, sans relief et sans caractère, qu'un modéré ne saurait être énergique, qu'un démocrate chrétien aurait pour vocation de fléchir. Outre que des hommes comme Robert Schuman, Pierre Pflimlin ou Jean Lecanuet ont démontré le contraire, François Bayrou incarne l'inverse même de ce mythe éculé. Le Béarnais a en effet toujours fait preuve d'une résolution granitique.

Confiant en son étoile, persuadé qu'il peut espérer un destin ­ ce catholique bon teint croirait-il à la prédestination luthérienne ? ­, le président de l'UDF a toujours refusé de plier devant la famille gaulliste. Il se sait minoritaire, il ne s'accepte pas vassal. Il a toujours bataillé pour défendre son autonomie. En votant la censure du gouvernement Villepin, il n'affiche pas seulement son indépendance, il achève sa trajectoire. Il y a quelques mois, François Bayrou refusait déjà de voter le budget et la loi de financement de la Sécurité sociale. Il s'installait ainsi aux confins de la majorité, proclamant son autodétermination. En fait, il n'a jamais admis la suzeraineté chiraquienne. Il a pu s'allier avec le président de la République, il ne lui a pas prêté allégeance. Il a combattu successivement aux côtés de Valéry Giscard d'Estaing, de Raymond Barre, d'Edouard Balladur. Face à la puissante machine RPR, il a tenté d'animer l'esquif UDF. Ministre de l'Education nationale de Balladur puis d'Alain Juppé, on lui a beaucoup reproché son habileté, son attentisme, ses trop bonnes relations avec les syndicats. Outre qu'il avait bien failli être emporté d'entrée par l'affaire de la loi Falloux ­ ce laïc convaincu défiant alors l'un des dogmes de la laïcité ­, il a tenu tête à Jacques Chirac, tout nouveau chef de l'Etat, qui voulait lui imposer un référendum sur l'éducation. Il a toujours su dire non. Il a résisté à la tentation RPR de construire quelques alliances régionales avec le Front national, a refusé des listes communes aux européennes et s'est opposé de toutes ses forces à la création de l'UMP et à l'absorption du centrisme par le néogaullisme. Lui que les Guignols de l'info représentent comme un benêt bêlant n'a cessé de démontrer une âme de combattant.

Cela lui a naturellement coûté cher. Il a perdu en chemin le gros de ses troupes. Les plus conservateurs ont quitté l'UDF derrière Charles Millon, les plus souverainistes l'ont abandonnée dans le sillage de Philippe de Villiers, les plus libéraux ont intégré l'UMP en même temps que Jean-Pierre Raffarin et Alain Madelin. Pis : des centristes réformateurs honorables, comme Jacques Barrot ou Pierre Méhaignerie, ont préféré la forteresse présidentielle au fortin UDF. En 2002, l'UDF a bel et bien failli sombrer, et les espoirs de François Bayrou avec elle. Les éternelles pressions sur les parlementaires UDF ont atteint à cette époque des sommets, parfois même dépassé les limites. Bayrou s'est battu, a conservé sur le fil ses deux groupes parlementaires, celui de l'Assemblée et celui du Sénat. Durant le gouvernement Raffarin, il s'est montré critique. Avec le ministère Villepin, il a basculé dans l'hostilité frontale. Depuis le début du deuxième mandat de Jacques Chirac, il a contesté en permanence la stratégie présidentielle. Le député du Béarn considérait qu'après le vote du 21 avril, il fallait innover, ouvrir au maximum la majorité, tenter un dialogue républicain avec la gauche sur quelques thèmes de société centraux, prendre la mesure du cataclysme et explorer des voies pour tenter de le maîtriser. C'était peut-être utopique, cela présentait de gros risques d'échec, mais mieux valait inventer que se replier derrière les vieux clivages et au sein des bastions claniques. Bayrou n'avait certes pas découvert la pierre philosophale qui allait dissiper les ténèbres des crises françaises, mais il avait pris la mesure du moment et était disponible pour tenter d'innover, trop seul à ressentir cette intuition et à se montrer disponible. Face à la crise sociétale des banlieues, à la crise sociale du CPE et à la crise politique de Clearstream, il est en droit de regretter d'avoir été si peu entendu au sommet de l'Etat.

En votant la censure, François Bayrou transgresse un tabou et rompt des amarres. Une partie de ses maigres troupes se montre bien entendu effarouchée, puisque les centristes ont toujours nourri un complexe d'infériorité vis-à-vis des gaullistes et qu'ils redoutent la brutalité des mesures de rétorsion électorales, sans tenir compte du fait que les candidats de l'UMP auront autant besoin des voix des électeurs UDF que l'inverse n'est vrai, surtout avec un Front national conforté. Pourtant, la seule occasion où l'UDF peut s'affirmer, c'est la présidentielle. Les centristes peuvent faire de bons scores aux régionales ou aux européennes, le scrutin proportionnel aidant, mais à l'échelle nationale, seule l'élection reine rebat les cartes et ouvre les fenêtres. Les candidats centristes, UDF ou soutenus par elle, ont d'ailleurs toujours réussi de bons scores. Cela n'a pas été le cas de François Bayrou en 2002, plafonnant tout près des 7 %. Son indépendance, son éloquence et sa résolution peuvent lui permettre de faire mieux cette fois. S'il atteint la barre fatidique des 10 %, il devient le véritable arbitre du second tour et peut transformer ce statut en levier d'Archimède. 

 

 

Par Antonin Prade - Publié dans : UDF
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Lundi 8 mai 2006 1 08 /05 /Mai /2006 18:44

Monsieur le Président,
Mes chers collègues,

Je voudrais commencer en citant à cette tribune les propos d’un dangereux révolutionnaire, un de ceux dont l’ordre public a tout à redouter, qui s’appelle Edouard Balladur. Le 11 mai, il déclare à l’AFP : « Nous ne vivons pas seulement une crise politique, c’est plus grave que cela, c’est une crise morale. Et cette crise ne peut pas durer plus longtemps sans dommages. » Et y ajouter une anecdote. Hier, dans une salle du Parlement européen à Strasbourg il y avait un débat sur l’adhésion de la Roumanie. Les questions étaient sévères, faisant au représentant roumain des reproches sur l’état de Droit, sur des soupçons de corruption. Alors le représentant roumain s’est levé et a dit : « que me diriez-vous s’il se passait en Roumanie ce qui se passe en France ? »

Crise morale, atteinte à l’image et à la réputation de notre pays.

Nous avons à répondre à une seule question : est-ce qu’il est bon pour la France que tout cela, cette décomposition, qui empêche toute action réelle, sur quelque sujet que ce soit, et désespère les Français, est-ce qu’il est bon pour la France que tout cela dure encore une année ? Comment mettre un terme à cette crise ? Les Français, écoeurés par ce spectacle, et par ce que le spectacle révèle, baissent les bras en disant : « on n’y peut rien ». Eh bien si, on y peut quelque chose.

Il y a deux autorités dans la République qui peuvent quelque chose, qui ont le pouvoir, la responsabilité et même le devoir d’intervenir lorsque le délitement atteint un seuil intolérable. La première de ces autorités, celle dont on attendait la réaction, c’est le Président de la République. C’est vers lui que se tournaient les regards. Il a le pouvoir de rompre le cercle vicieux. Il peut démissionner. Il peut dissoudre. Il peut changer le gouvernement. Il peut demander à son gouvernement d’engager sa responsabilité devant l’Assemblée. Il a décidé de ne rien faire. Et la deuxième autorité, c’est l’Assemblée nationale. Ce sont les députés du peuple qui ont le pouvoir, comme dit la constitution, de « mettre en cause la responsabilité du gouvernement par l’adoption d’une motion de censure. »

Quelle est la responsabilité du gouvernement ?

La responsabilité du gouvernement c’est d’avoir été acteur de la décomposition civique à laquelle nous assistons. Ce gouvernement a été bâti autour d’une rivalité haineuse. L’un soupçonne l’autre d’avoir créé l’affaire pour l’anéantir. L’autre soupçonne l’un de l’avoir fait exploser pour le déstabiliser. Cette rivalité haineuse, elle a tout pourri, comme c’était prévisible. Ah, aujourd’hui, s’il y avait une censure des uns contre les autres, avec quelle ardeur elle serait votée ! Et avec quelle ardeur en réalité, elle s’exprime ! Entendez-vous ce qui se dit dans les couloirs, ce qui se dit dans les journaux, non pas de la part des citoyens, mais de la part des élus de l’UMP, de ceux, responsables de premier plan, qui annoncent officiellement qu’ils voteront la censure avec leurs pieds, en étant absents de cet hémicycle, pour manifester leur réprobation.

La censure, elle est dans tous les esprits. La censure elle est sur tous les bancs. La censure rentrée, la censure discrète, la censure chuchotée, la censure sournoise. Eh bien, à cette censure sournoise, je préfère une censure franche. Mais la mise en cause du gouvernement, elle ne s’adresse pas seulement à ce climat de rivalité haineuse. Elle s’adresse à l’utilisation de l’Etat dans cette guerre de clans. Les services secrets de notre pays, dans leur dimension intérieure et extérieure, la DST, la DGSE, l’officier général chargé des opérations spéciales, sans que personne puisse savoir qui vise qui, qui utilise qui, qui manipule qui.

La Ve République vit avec cette pratique depuis trop longtemps. Et cette pratique est une tare de la République. Comme si l’Etat, le plus enivrant dans l’Etat, c’était cela, les secrets de police, les notes blanches, les petits secrets que l’on savoure et dont, à l’occasion, on se sert. Et cela devient, ouvertement, un objet de pouvoir. Et on peut entendre, au moment de la formation du gouvernement, un ministre de l’Intérieur dire qu’il revient au pouvoir pour « reprendre en main les services secrets ». Et on annonce triomphalement qu’il l’a fait.

Tout cela sur fond de terribles affaires financières, dont on prononce le nom en baissant la voix, les frégates de Taiwan, les avions de combat, parce qu’elles ont entraîné des détournements d’argent inouïs, et un chapelet d’assassinats, affaires dont un ancien ministre de la défense, Alain Richard, vient de parler en termes non voilés. Les Français ne veulent plus de cette République noire. C’est donc en apparence une affaire d’Etat, à laquelle on ne comprend rien. Mais en réalité, c’est bel et bien une crise de régime. Car la vraie question est : comment la France, républicaine depuis deux siècles, a-t-elle laissé se développer de telles dérives ? Nos institutions auraient dû les détecter et les réprimer. Car les institutions de la démocratie ne s’adressent pas à des hommes vertueux. Elles s’adressent aux hommes comme ils sont, tous, c’est à dire plus ou moins fragiles et sujets à la faiblesse. Et les institutions sont là pour poser les garde-fous qui empêchent ces faiblesses de s’installer et de tout corrompre. Les penseurs de la démocratie libérale l’ont pensée précisément pour écarter ces dérives banales que sont la corruption, l’abus de pouvoir, l’appropriation de l’Etat, l’opacité des comportements. Nous avons un virus dans notre démocratie, qui empêche la démocratie de se défendre : c’est l’absolutisme. Et la démocratie est incompatible avec l’absolutisme.Il y avait de l’absolutisme chez de Gaulle. Parfois même un absolutisme ébouriffant, comme une nostalgie de la monarchie de droit divin. Il y a ce discours fameux de 1964 : « il n’est aucune autorité dans la République, ni civile, ni militaire qui ne soit conférée et maintenue par le Président de la République »… Mais c’était un absolutisme tempéré par le référendum. On le vit bien en 1969. Le pouvoir n’était pas un chèque en blanc, puisque le peuple était appelé, à intervalles réguliers, à valider sa signature. Si la confiance manquait, le président s’en allait. Aujourd’hui, et depuis des décennies, nous avons le pire des absolutismes : l’absolutisme dissimulé, sans contrôle, l’absolutisme d’autant plus pernicieux qu’il est caché.

Absolutisme et dissimulation. Apparemment, la séparation des pouvoirs existe. Apparemment, l’autorité judiciaire est indépendante. Apparemment, les autorités de contrôle sont libres. Apparemment, c’est le Parlement qui vote les lois et contrôle l’exécutif. Apparemment…Mais la réalité est tout autre. Le pouvoir exécutif n’est pas le pouvoir exécutif. Il est à la fois le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif, il vit dans l’intimité avec les autorités de contrôle qu’il nomme souverainement, il multiplie les manœuvres pour contrôler le judiciaire (il faudra expliquer par exemple ce que signifie dans les carnets du Général Rondeau cette phrase sibylline à propos du juge Van Ruymbecke en juillet 2004 ‘faire le passé de son père’). Qui contrôle l’Elysée, dans cette République absolutiste, contrôle la majorité, surtout lorsqu’elle a pris l’engagement écrit d’obéir et nomme à tous les emplois de l’Etat. Et quand il advient pour porter l’absolutisme à son comble que toutes les majorités, dans toutes les Assemblées, appartiennent à un seul parti, il n’y a plus aucun contre-pouvoir. Les gouvernants n’ont plus aucune obligation de discuter, de consulter, d’entendre, de convaincre. Ils pensent pouvoir agir à leur guise. Et vous avez le CPE ! Dans la République absolutiste, il n’y a plus qu’un but politique : contrôler le quartier général. À partir de quoi, on installera ses hommes partout, ses réseaux partout. Tout le pouvoir pour un clan et qui n’est pas avec moi est contre moi. D’où l’état de guerre intestine, la guerre des clans pour contrôler l’Etat. Cela, pour des députés du peuple, des députés républicains du peuple républicain français, cela devrait être réprouvé et banni. Ce régime, regardez le bien, ce régime sous la gauche et sous la droite, regardez ses échecs perpétuels, répétés, ce régime, c’est un ancien régime. Et il faut que la vigueur et la rigueur du peuple français en fasse réellement un ancien régime.

Et c’est nous, parlement, élus du peuple, non pas élus de l’UMP, ou élus du PS, pas plus qu’élus de l’UDF, pas élus de partis, mais élus des citoyens, élus des citoyens écoeurés, c’est nous élus sans mandat impératif, n’ayant à obéir à aucune consigne autre que notre conscience, qui avons, personnellement, le moyen de sortir de cette crise, de cette crise qui dure depuis des mois et en vérité depuis des décennies. Je sais bien qu’il y a la discipline de parti. Je sais bien qu’il y a les habitudes. Et je connais bien cette idée : « nous n’allons pas mélanger les voix avec le Parti socialiste et les communistes… » Parlons en ! À gauche, interdiction formelle de parler avec la droite, interdiction écrite de travailler avec le centre. À droite, interdiction formelle de fréquenter la gauche. Entre les deux le mur de Berlin ! Puis-je rappeler à cet hémicycle que le mur de Berlin est tombé en 1989, il y a bientôt vingt ans. Et qu’il est tombé à Berlin où la droite allemande et la gauche allemande ont choisi, obéissant aux électeurs allemands, non seulement de parler ensemble, mais de gouverner ensemble. Et quand il y avait le mur de Berlin, c’était justifié. Il y avait ceux qui acceptaient de partager les valeurs de la dictature soviétique, et ceux qui ne l’acceptaient pas. Mais il n’y a plus de dictature soviétique. De ce bloc, reste la Chine vers laquelle courent les multinationales.

Je suis en désaccord, et souvent en opposition avec le PS. Je n’exonère ce parti d’aucune responsabilité dans la crise que nous vivons. Je n’ai pas oublié la fin de François Mitterrand, je n’ai pas oublié les écoutes téléphoniques, ou sur oukase on écouta des centaines de Français qui avaient déplu au Prince offensé. Comme aujourd’hui, c’était officines et compagnie. Je n’ai pas oublié que les frégates de Taiwan, c’était sous un gouvernement socialiste. Je ne me dissimule rien ni de leur passé, ni des différences que j’ai avec eux. Mais je ne considère pas les socialistes comme des ennemis, comme des intouchables . De même je suis souvent en opposition avec l’UMP. Je suis en désaccord radical avec l’idée d’un parti unique. Je sais pourtant que beaucoup de Français que j’estime ont cru à ce choix. Je suis en désaccord, mais ce désaccord ne fait nullement pour moi de ce parti un ennemi. Ce que je considère comme ennemie, c’est la malédiction qui interdit de se parler en France, même quand on est d’accord, sous prétexte qu’on n’a pas la même étiquette.

Dans la société du XXI° siècle, le pluralisme gagne partout, dans les familles, dans les genres de vie, dans l’entreprise. Le pluralisme et le respect réciproque. Le seul endroit où le pluralisme n’est pas accepté, c’est dans le lieu même du pluralisme, à l’Assemblée nationale où pourtant la France, dans sa diversité, est censée être représentée, se représenter ! Eh bien, en effet, je franchis un pas : j’accepte de voter, dans des circonstances nationales graves, avec des gens qui sont différents de moi. Je ne renie rien de ces différences, mais je les fais passer après l’intérêt national. Et même, j’envisage dans l’avenir, lorsque viendra le moment de reconstruire notre pays, de travailler avec des gens différents de moi, d’un bord et de l’autre, non pas pour sanctionner, mais pour construire. Ma conviction est en effet que nous sommes descendus si bas, nous sommes allés si loin dans la décomposition qu’il faudra rassembler, pas seulement du centre, mais de droite, de gauche, pour garantir aux Français que la République nouvelle sera la République de tous et non pas la République des amis.

Et on croit que c’est une révolution ? On hurle quand on entend ces mots ! Mais sur les 36 000 communes de France, combien sont gouvernées ainsi en rassemblant les différences, et non pas en les accusant ! Et cela a été le choix de notre histoire. Ce fut le choix du général de Gaulle. Et ceci fut le choix de Robert Schumann. Et ceci était le choix de Pierre Mendès-France. C’était le choix de Chaban. Et c’était le choix de Valéry Giscard d’Estaing, avant qu’on ne le contraigne à se replier sur un camp, et donc à perdre. Et ceci était le choix de Michel Rocard, nous le savons bien. Et c’était le choix de Jacques Delors. Et c’est le choix de millions de Français, choix qu’ils ne peuvent imposer, parce qu’on ne leur propose que simplismes et haines de camp. Et quand en 2002, Jacques Chirac a été élu à la présidence de la République, avec -faut-il le rappeler ?-plus de voix de gauche que de voix de droite, personne n’est allé le traiter de « petit supplétif de la gauche » !

Parce qu’il y a une idée de la France et de la République qui dépasse les idéologies. Il y a des principes sur lesquels on doit s’accorder, surtout quand ça va mal, à condition qu’on se respecte pour ce qu’on est. On ne gouverne pas un pays avec une minorité, pour une minorité. On gouverne un pays avec une base large et pour obtenir une base large il faut rassembler des courants différents ! Mais quelle est la condition du rassemblement ? Ce sont des projets et des principes clairs. Il n’y a pas de rassemblement qui tienne sur du flou ! Il faut tourner la page sur ce dévoiement de la Ve République. Un président responsable. Un gouvernement qui soit obligé de convaincre et n’ait plus la facilité du passage en force. Un parlement qui représente fidèlement la nation, dans ses principales composantes, même celles qui ne me plaisent pas. Des corps de contrôle dont la nomination soit non partisane. Une justice indépendante. Une société civile représentée par des corps intermédiaires respectés.

Et il faut une société de liberté. Il faut l’économie libre avec un contrat social. Et il faut l’Etat impartial. Et il faut un projet européen clair, volontaire, non subi, non contraint, démocratique. Tout le reste, on discute, on négocie. Parfois on est d’accord, parfois on est en désaccord. On débat, on vote, sans majorités automatiques, avec des leaders qui s’engagent et un peuple qui s’intéresse. Car il y a un peuple qui s’avance vers cette démocratie ouverte, alors que l’Assemblée en reste aux hurlements bihebdomadaires. Il y a un peuple de citoyens dont internet, par exemple, est devenu le terrain de débats, de passions, d’informations parfois insuffisantes, de création partagée. On ne gouverne pas ce peuple comme un peuple de sujets, soumis à un Etat contrôlé. Plus vous essaierez de le faire, plus vous connaîtrez de déconvenues. Et de ce peuple qui veut que l’on sorte de cette décomposition, nous sommes ici les élus.Car nous ne sommes pas élus pour laisser notre pays dans cette crise, morale, démocratique, pour continuer avec l’image destructrice que ces affaires et ces échecs portent dans le monde.

Nous sommes élus, tous, pour sortir de cet effondrement. Nous avons le pouvoir de le faire, simplement par un bulletin de vote dans quelques minutes. Nous avons le pouvoir, et selon moi, nous avons le devoir de le faire. C’est pourquoi, pour exercer ce devoir, je voterai la motion de censure.

Par Antonin Prade - Publié dans : UDF
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Vendredi 3 mars 2006 5 03 /03 /Mars /2006 18:02

Mon engagement à l’UDF est motivé par un constat personnel ancien et lucide sur l’état de la France qui rejoint les prises de position publique de notre mouvement au cours des dernières années. Malgré les discours lénifiants et l’apathie environnante, je considère en effet que la France est dans une situation économique et sociale critique, en voie de décrochage par rapport à la marche du monde et des autres pays européens. Au-delà du sentiment général et des indicateurs économiques, ce constat a été étayé par des expériences personnelles au cours de voyages ou de rencontres.

Il semble aujourd’hui que le modèle social et étatique français, en faillite virtuelle, représente désormais un frein au développement de notre pays et de notre société, tout en ne remplissant pas, ou mal, ses missions de service du public, de redistribution et d’assistance aux plus faibles. C’est également un fardeau que nous imposons aux générations futures. Ce modèle a, au mieux, un impact neutre sur les inégalités criantes du pays, c’est, au pire, un facteur d’injustice sociale. Ces constats me rendent triste pour mon pays, et amer face à l’impuissance patente et durable, sauf dans les paroles, des équipes au pouvoir depuis plusieurs décennies.

Dans ce contexte de crise économique, sociale et morale, qui est aussi et surtout une crise la représentation politique en France, quand le sentiment d’impasse est si répandu dans de nombreux esprits, il est à mon sens vital et sain que des citoyens prennent leurs responsabilités et s’engagent personnellement pour tisser à nouveau le lien distendu de la démocratie. Or, il semble aujourd’hui que, grâce à l’intransigeance de son positionnement depuis bientôt 4 ans, l’UDF dispose de la capacité, et donc de l’obligation historique, de répondre au malaise de la Nation, en particulier en offrant la possibilité à une nouvelle génération de citoyens désintéressés et pragmatiques de se dévouer pour servir nos concitoyens. Pour moi, et pour beaucoup de citoyens de ma génération, il n’existe pas de vaches sacrées qui ne puissent être abattues quand le peuple a faim. Il n’y a pas de bonne réforme, même douloureuse pour certaines  catégories, qui ne puisse être acceptée par une majorité de gens de bonne volonté, si elle est expliquée avec un langage de vérité et si elle est portée par des femmes et des hommes honnêtes inspirant la confiance. Dans un contexte d’échec répété des deux principaux partis de gouvernements, c’est au sein d’une UDF autonome et intransigeante que ce langage de vérité est aujourd’hui tenu ; c’est au sein de l’UDF que ces femmes et ces hommes sont appelés à émerger.

 

 

Par Antonin Prade - Publié dans : UDF
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Lundi 16 janvier 2006 1 16 /01 /Jan /2006 10:53

Dans l’après-guerre, puis au moment de la montée du chômage qui a suivi le choc pétrolier de 1973, la France a adopté un système d’assurance-chômage généreux, maintes fois réformé depuis et en déficit chronique. Ce système est devenu, selon les points de vue, un pilier du modèle social français ou un droit acquis intouchable, censé réduire les inégalités sociales et offrir un filet de sécurité collectif pour les accidents professionnels.

Pourtant, en 2005, aux côtés d’ouvriers victimes de délocalisations industrielles, on peut trouver un jeune banquier d’affaires parisien licencié disposant de 4500 euros mensuels versés par les Assedic et partant faire un tour du monde d’un an ou un jeune licencié du secteur des médias choisissant de s’installer à Barcelone pour y rejouer pendant deux ans l’Auberge Espagnole. On trouve également un ouvrier du bâtiment portugais qui vient rénover des maisons dans le Lot pendant un an, avant de repartir dans son village natal des environs de Lisbonne où les allocations des Assedic lui permettent de vivre pendant deux ans sans travailler. On notera au passage qu’au Canada, infâme cloaque néolibéral bien connu, les allocataires de l’assurance-chômage n’ont pas le droit de quitter le pays, car ils sont censés chercher un travail…Pour revenir en France, on trouve également de jeunes actifs diplômés mécontents de leur travail demander, et obtenir, d’être licenciés par leur employeur, ce qui leur permet de chercher sans pression une position convenant davantage à leurs attentes. On voit également des maisons de production fournissant des programmes télévisés à des chaînes publiques employer, au noir évidemment, de jeunes chômeurs qui vivotent en cumulant une petite allocation chômage et de maigres piges ponctuelles. On a enfin entendu parler d’une consultante d’un grand cabinet américain demander à être licenciée afin de passer le concours de l’ENA allégée de toute contrainte financière ! Aux dernières nouvelles, le cabinet américain aurait très civiquement refusé cette demande…

Tous ces exemples sont réels, ils ne sont ni grossis, ni déformés. Faut-il en conséquence jeter la pierre à des personnes qui, évoluant à la limite de la fraude, optimisent leurs ressources financières aux dépens de la collectivité ou blâmer un système dépourvu de contrôle effectif des indemnisés ? Un peu des deux, sans doute, car le contrat social français, qui repose sur un système de redistribution équitable entre les plus faibles et les plus forts, est miné par ces comportements qui dessinent chaque jour davantage le visage peu avenant d’une France où règne la règle du chacun pour soi, où les phrases-sésame « j’y ai droit » ou « les autres le font bien » tiennent lieu d’alibi déculpabilisant au moment de profiter d’un système dévoyé et à bout de souffle.

Et surprise ! Les victimes de ces abus sont toujours les mêmes, ce sont ceux qui paient toujours la facture de tous les pots cassés dans la France de 2005. Ce sont d’une part les plus faibles pour qui le système a été conçu, ouvriers d’industries délocalisées à qui la collectivité doit assurer une formation de reconversion ou encore les jeunes ballottés de CDD en CDD, voire au RMI, sans le filet de sécurité qu’on devrait assurer aux plus précaires dans une société solidaire. Ce sont d’autre part ceux qui financent le système, appliquant simplement les règles et ne considèrant pas le système d’assurance-chômage comme une vache à lait. Et encore, ceux-ci commencent ils également à se douter qu’ils devront s’acquitter un jour de la facture accumulée par d’autres…

En conséquence, faute de volonté politique sur le contrôle des chômeurs face aux levers de boucliers des syndicats, le système d’assurance-chômage se retrouve au cœur de la sclérose économique, sociale et morale de notre pays. Face à ce blocage, arrivera peut-être le jour où la cotisation à l’assurance-chômage deviendra facultative, ce qui en provoquerait la faillite quasi-certaine. Les personnes abusant du système seront-elles les mêmes à en réclamer le maintien en l’état à corps et à cris ? Peut-être pas, mais il ne faudra pas s’étonner si ceux qui respectent encore aujourd’hui les règles dénoncent un contrat social obligatoire dont chacun ne se sent pas tenu par les mêmes termes.

Par Antonin Prade - Publié dans : Economie
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Jeudi 8 septembre 2005 4 08 /09 /Sep /2005 17:47

A la suite des terribles incendies qui ont ravagé, fin août 2005, les immeubles du boulevard Vincent Auriol, dans le 13ème arrondissement, et de la rue du Roi Doré, dans le 3ème, tous deux occupés par des familles africaines aujourd’hui endeuillées, Betrand Delanoé a, dans une tribune dans le journal Le Monde du 31 août , déploré ces drames et exigé une mobilisation de chacun pour résoudre les problèmes de logement des plus démunis à Paris et en Ile-de-France

Loin de nous l’idée de remettre en cause la sincérité de son émotion, mais dans le cas particulier de l’immeuble du 3ème arrondissement, propriété de la Ville de Paris, via la SIEMP, celle-ci aurait été crédibilisée par un mea culpa de sae part, que les familles des victimes ainsi que les citoyens parisiens sont en droit d’attendre, et attendent toujours. 

 

En effet, nous avons pu constater que la Ville de Paris avait laissé vivre pendant plusieurs mois des familles africaines dans un immeuble insalubre et sans eau courante, à l’installation électrique bricolée, aux cuisines de fortune et donc vulnérable aux incendies. Par ailleurs, tout laisse à penser que cette situation n’aurait pas évolué avant de nombreux mois. Dans ces circonstances-là, on a la dignité de ne pas évoquer les « délais légaux » ou le calendrier des travaux comme des excuses à son inaction. 

Nous avons également appris que le propriétaire originel de l’immeuble, squatté dès 1999, en avait été exproprié en septembre 2004, sur demande de la mairie car il n’avait pas rempli ses obligations de travaux et d’entretien dans un immeuble… où il n’avait pas pu pénétrer en 5 ans, malgré plusieurs décisions de justice en sa faveur. Dans ces circonstances-là, on a la décence de ne pas dénoncer « les décennies d’inaction et d’indifférence ». 

Lorsqu’un hôtel a brûlé rue de Provence, en avril 2004, les « marchands de sommeil »  ont d’abord été des responsables tout désignés, mais lorsque brûle un immeuble appartenant à la ville de Paris ou à l’un de ses satellites, tout le monde est responsable ; c’est évidemment le problème de l’Etat et du Gouvernement, qui font si peu pour le logement social ; c’est bien sûr l’héritage de l’opposition municipale, dont la gestion précédente était si désastreuse ; ce sont les conséquences de la spéculation immobilière, mère de tous les maux ; c’est enfin la responsabilité de chacun des citoyens, enjoint d’agir par le biais d’une culpabilisation sournoise et médiatique. 

La vérité est plus simple, mais un peu plus amère : la Mairie de Paris a laissé des gens vivre, et mourir, dans des locaux insalubres dont elle était propriétaire, avec toutes les obligations liées au statut de propriétaire d’un immeuble (travaux, entretien, obligation de sécurité etc.). 

Si l’on souhaite résoudre la question du logement social à Paris et en Ile-de-France, c’est de courage politique et de bon sens économique dont on a besoin. Or, le courage en politique ne consiste pas à laisser des populations déshéritées, voire sans permis de séjour, s’entasser dans des immeubles insalubres et dangereux au nom d’un droit au logement théorique et inapplicable. Le courage en politique, c’est de prendre des arbitrages difficiles mais qui préparent l’avenir. 

Par Antonin Prade - Publié dans : Paris
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Dimanche 8 mai 2005 7 08 /05 /Mai /2005 10:58

Récit d'une expérience de tractage pour le Traité Européen et pour l'UDF  devant le Monoprix  de la rue Saint Antoine (Paris IVème), samedi dernier.

Panorama des forces en présence :

Les communistes, défenseurs du "non" arrivent tôt (avant 11 heures) et partent tôt. Ils prônent un non de gauche et attaquent bille en tête sur je ne sais plus quel article du traité, scandaleusement libéral. C'est sans doute le Traité de Rome qui les a choqués, mais à l'époque, engoncés dans leur glacis soviétique, ils ne l'avaient pas vu passer. A l'époque, les services publics étaient par ailleurs un concept bourgeois destiné à empêcher les masses de déclencher la révolution. Tourné vers un avenir plein de promesses, j'abandonne l'idée d'engager le débat avec ces gars-là, noyés dans leur impasse historique.

Les socialistes, partisans du "oui" arrivent plus tard, et en nombre (à 4 et avec des trétaux). Les filles sont assez sympas, les barbus, plus distants. Ils me chambrent en disant qu'on ne voit pas beaucoup l'UDF sur le terrain. Difficile de les contredire. Je suis un instant tenté d'aller au métro Saint Paul, histoire de mieux ratisser le terrain avec ces alliés objectifs, mais j'apprends qu'ils ont déjà un stand là-bas et décide de rester. En plus de leur tract explicant le traité, ils invitent les passants à un meeting avec Julien Dray le 21 avril. Je leur dis que Dray ne fait pas rêver les foules et qu'ils auraient pu choisir une autre date. Ca ne les fait pas rire.

Les Verts, dont on ne sait pas trop s'ils défendent le oui ou le non, débarquent vers midi pour distribuer une sorte de journal local où il est très peu fait mention du référendum, mais beaucoup de ce que fait Baupin à Paris. Visiblement, ceux-là sont déjà en campagne municipale. 

De militants UMP, censés défendre le "oui" sincère de leur Président de la République, pas trace. Je discute un instant avec un militant UMP du centre, ex-RPR, gaulliste et fan de Séguin. Il est contre le Traité Européen et chambre les socialistes qui sont pour. Il m'explique que, si les cadres de l'UMP sont pour le Traité, la base oscille entre l'indifférence et l'hostilité. Exaspérés, les militants UMP souhaitent surtout nuire à Chirac et à Raffarin. Bref, d'après cette expérience limitée, si le oui passe, ça sera grâce à 55% du PS et à l'UDF (quoique...).

Une impression des passants, mais néanmoins citoyens :

Les passants sont plutôt impavides et peu de discussions s'engagent. Beaucoup refusent le tract mais, de façon moins agressive que pour les élections régionales de 2004, peut-être parce que je défend ici une idée et pas des hommes? Sinon, les partisans du "non" recontrés sont ancrés dans leur choix ; ils refusent de parler, et a fortiori de prendre le tract que je leur tend. Peut-être sont-ils si peu sûrs de leur choix et refusent une discussion qui pourrait les ébranler dans une  conviction hexogène? En tout cas, à part pour un ou deux, leur "non" n'est pas très constructif et ressemble à un coup de gueule un peu rageur, un peu aigri.Plusieurs personnes me disent voter "oui" et m'assurent de leur soutien. En règle générale, j'ai l'impression que la présence sur le terrain de militants du oui, prêts à discuter ouvertement, sans donner de leçons, mais avec leur sourire et leur enthousiasme à offrir, affaiblit l'idée reçue d'experts arrogants et lointains, éloignés des préoccupations du citoyen lambda.

PS : le "spot" ultime de tractage, repéré samedi : l'escalator de la porte Lescaut, aux Halles, qui draine une population, jeune, venant de toute l'Ile de France, et peu politisée. C'est là que se trouvent les réservoirs d'indécis à conquérir... 

 

 

 

 

 

 

Par Antonin Prade - Publié dans : Paris
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Samedi 8 janvier 2005 6 08 /01 /Jan /2005 17:55

Mon nom est Antonin Prade,

Je suis natif de Paris, résident du 4ème arrondissement, marié et père d’un petit garçon. J’aurai 30 ans en juin 2007, quand j'espère briguer les suffrages de mes concitoyens du centre de Paris aux législatives, sous les couleurs de l'UDF.

Au cours de mes études en sciences politiques et économiques, j’ai constamment cherché, par des stages et des échanges à l’étranger ou par des travaux associatifs (association Fleur de Bitume, apportant de l’assistance scolaire dans des quartiers défavorisés), à m’ouvrir sur le monde, à entendre et à comprendre les hommes et les idées. J’ai également cherché à analyser et critiquer les pensées toutes faites et à développer mes propres idées, toujours avec un souci d’indépendance et d’honnêteté intellectuelle.

A l’issue de mes études, j’ai choisi de travailler dans un cabinet de conseil en stratégie d’entreprise, où j’ai pu affiner mes compétences économiques en appréhendant les problématiques de grandes entreprises françaises, dans le secteur de la banque, des assurances, de la sidérurgie ou des transports. J’ai ensuite rejoint une filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations spécialisée dans l’immobilier public. Au sein de cette entité, j’ai eu l’opportunité de travailler sur des sujets au carrefour de l’économie, des questions sociales, de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme et des finances publiques. J’ai ainsi travaillé sur la répartition du patrimoine immobilier ferroviaire entre la SNCF et RFF, des Partenariats Public-Privé ou la création de logements sur d’anciens terrains industriels. Ces missions de conseil m’ont amené à aborder des thèmes aussi « politiques » que la compétitivité des territoires, le financement des infrastructures publiques ou encore la question du logement à Paris et en Ile-de-France.

Enfin, je me suis tout récemment associé à la création d’une jeune entreprise, dans le même secteur. Cette aventure me permet de mesurer les efforts qu’il reste à faire aux pouvoirs publics pour encourager le dynamisme des entrepreneurs et, par voie de conséquence, accroître la richesse globale de la Nation.

Par Antonin Prade - Publié dans : Paris
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