Lundi 16 janvier 2006

Dans l’après-guerre, puis au moment de la montée du chômage qui a suivi le choc pétrolier de 1973, la France a adopté un système d’assurance-chômage généreux, maintes fois réformé depuis et en déficit chronique. Ce système est devenu, selon les points de vue, un pilier du modèle social français ou un droit acquis intouchable, censé réduire les inégalités sociales et offrir un filet de sécurité collectif pour les accidents professionnels.

Pourtant, en 2005, aux côtés d’ouvriers victimes de délocalisations industrielles, on peut trouver un jeune banquier d’affaires parisien licencié disposant de 4500 euros mensuels versés par les Assedic et partant faire un tour du monde d’un an ou un jeune licencié du secteur des médias choisissant de s’installer à Barcelone pour y rejouer pendant deux ans l’Auberge Espagnole. On trouve également un ouvrier du bâtiment portugais qui vient rénover des maisons dans le Lot pendant un an, avant de repartir dans son village natal des environs de Lisbonne où les allocations des Assedic lui permettent de vivre pendant deux ans sans travailler. On notera au passage qu’au Canada, infâme cloaque néolibéral bien connu, les allocataires de l’assurance-chômage n’ont pas le droit de quitter le pays, car ils sont censés chercher un travail…Pour revenir en France, on trouve également de jeunes actifs diplômés mécontents de leur travail demander, et obtenir, d’être licenciés par leur employeur, ce qui leur permet de chercher sans pression une position convenant davantage à leurs attentes. On voit également des maisons de production fournissant des programmes télévisés à des chaînes publiques employer, au noir évidemment, de jeunes chômeurs qui vivotent en cumulant une petite allocation chômage et de maigres piges ponctuelles. On a enfin entendu parler d’une consultante d’un grand cabinet américain demander à être licenciée afin de passer le concours de l’ENA allégée de toute contrainte financière ! Aux dernières nouvelles, le cabinet américain aurait très civiquement refusé cette demande…

Tous ces exemples sont réels, ils ne sont ni grossis, ni déformés. Faut-il en conséquence jeter la pierre à des personnes qui, évoluant à la limite de la fraude, optimisent leurs ressources financières aux dépens de la collectivité ou blâmer un système dépourvu de contrôle effectif des indemnisés ? Un peu des deux, sans doute, car le contrat social français, qui repose sur un système de redistribution équitable entre les plus faibles et les plus forts, est miné par ces comportements qui dessinent chaque jour davantage le visage peu avenant d’une France où règne la règle du chacun pour soi, où les phrases-sésame « j’y ai droit » ou « les autres le font bien » tiennent lieu d’alibi déculpabilisant au moment de profiter d’un système dévoyé et à bout de souffle.

Et surprise ! Les victimes de ces abus sont toujours les mêmes, ce sont ceux qui paient toujours la facture de tous les pots cassés dans la France de 2005. Ce sont d’une part les plus faibles pour qui le système a été conçu, ouvriers d’industries délocalisées à qui la collectivité doit assurer une formation de reconversion ou encore les jeunes ballottés de CDD en CDD, voire au RMI, sans le filet de sécurité qu’on devrait assurer aux plus précaires dans une société solidaire. Ce sont d’autre part ceux qui financent le système, appliquant simplement les règles et ne considèrant pas le système d’assurance-chômage comme une vache à lait. Et encore, ceux-ci commencent ils également à se douter qu’ils devront s’acquitter un jour de la facture accumulée par d’autres…

En conséquence, faute de volonté politique sur le contrôle des chômeurs face aux levers de boucliers des syndicats, le système d’assurance-chômage se retrouve au cœur de la sclérose économique, sociale et morale de notre pays. Face à ce blocage, arrivera peut-être le jour où la cotisation à l’assurance-chômage deviendra facultative, ce qui en provoquerait la faillite quasi-certaine. Les personnes abusant du système seront-elles les mêmes à en réclamer le maintien en l’état à corps et à cris ? Peut-être pas, mais il ne faudra pas s’étonner si ceux qui respectent encore aujourd’hui les règles dénoncent un contrat social obligatoire dont chacun ne se sent pas tenu par les mêmes termes.

par Antonin Prade publié dans : Economie
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Jeudi 8 septembre 2005

A la suite des terribles incendies qui ont ravagé, fin août 2005, les immeubles du boulevard Vincent Auriol, dans le 13ème arrondissement, et de la rue du Roi Doré, dans le 3ème, tous deux occupés par des familles africaines aujourd’hui endeuillées, Betrand Delanoé a, dans une tribune dans le journal Le Monde du 31 août , déploré ces drames et exigé une mobilisation de chacun pour résoudre les problèmes de logement des plus démunis à Paris et en Ile-de-France

Loin de nous l’idée de remettre en cause la sincérité de son émotion, mais dans le cas particulier de l’immeuble du 3ème arrondissement, propriété de la Ville de Paris, via la SIEMP, celle-ci aurait été crédibilisée par un mea culpa de sae part, que les familles des victimes ainsi que les citoyens parisiens sont en droit d’attendre, et attendent toujours. 

 

En effet, nous avons pu constater que la Ville de Paris avait laissé vivre pendant plusieurs mois des familles africaines dans un immeuble insalubre et sans eau courante, à l’installation électrique bricolée, aux cuisines de fortune et donc vulnérable aux incendies. Par ailleurs, tout laisse à penser que cette situation n’aurait pas évolué avant de nombreux mois. Dans ces circonstances-là, on a la dignité de ne pas évoquer les « délais légaux » ou le calendrier des travaux comme des excuses à son inaction. 

Nous avons également appris que le propriétaire originel de l’immeuble, squatté dès 1999, en avait été exproprié en septembre 2004, sur demande de la mairie car il n’avait pas rempli ses obligations de travaux et d’entretien dans un immeuble… où il n’avait pas pu pénétrer en 5 ans, malgré plusieurs décisions de justice en sa faveur. Dans ces circonstances-là, on a la décence de ne pas dénoncer « les décennies d’inaction et d’indifférence ». 

Lorsqu’un hôtel a brûlé rue de Provence, en avril 2004, les « marchands de sommeil »  ont d’abord été des responsables tout désignés, mais lorsque brûle un immeuble appartenant à la ville de Paris ou à l’un de ses satellites, tout le monde est responsable ; c’est évidemment le problème de l’Etat et du Gouvernement, qui font si peu pour le logement social ; c’est bien sûr l’héritage de l’opposition municipale, dont la gestion précédente était si désastreuse ; ce sont les conséquences de la spéculation immobilière, mère de tous les maux ; c’est enfin la responsabilité de chacun des citoyens, enjoint d’agir par le biais d’une culpabilisation sournoise et médiatique. 

La vérité est plus simple, mais un peu plus amère : la Mairie de Paris a laissé des gens vivre, et mourir, dans des locaux insalubres dont elle était propriétaire, avec toutes les obligations liées au statut de propriétaire d’un immeuble (travaux, entretien, obligation de sécurité etc.). 

Si l’on souhaite résoudre la question du logement social à Paris et en Ile-de-France, c’est de courage politique et de bon sens économique dont on a besoin. Or, le courage en politique ne consiste pas à laisser des populations déshéritées, voire sans permis de séjour, s’entasser dans des immeubles insalubres et dangereux au nom d’un droit au logement théorique et inapplicable. Le courage en politique, c’est de prendre des arbitrages difficiles mais qui préparent l’avenir. 

par Antonin Prade publié dans : Paris
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Dimanche 8 mai 2005

Récit d'une expérience de tractage pour le Traité Européen et pour l'UDF  devant le Monoprix  de la rue Saint Antoine (Paris IVème), samedi dernier.

Panorama des forces en présence :

Les communistes, défenseurs du "non" arrivent tôt (avant 11 heures) et partent tôt. Ils prônent un non de gauche et attaquent bille en tête sur je ne sais plus quel article du traité, scandaleusement libéral. C'est sans doute le Traité de Rome qui les a choqués, mais à l'époque, engoncés dans leur glacis soviétique, ils ne l'avaient pas vu passer. A l'époque, les services publics étaient par ailleurs un concept bourgeois destiné à empêcher les masses de déclencher la révolution. Tourné vers un avenir plein de promesses, j'abandonne l'idée d'engager le débat avec ces gars-là, noyés dans leur impasse historique.

Les socialistes, partisans du "oui" arrivent plus tard, et en nombre (à 4 et avec des trétaux). Les filles sont assez sympas, les barbus, plus distants. Ils me chambrent en disant qu'on ne voit pas beaucoup l'UDF sur le terrain. Difficile de les contredire. Je suis un instant tenté d'aller au métro Saint Paul, histoire de mieux ratisser le terrain avec ces alliés objectifs, mais j'apprends qu'ils ont déjà un stand là-bas et décide de rester. En plus de leur tract explicant le traité, ils invitent les passants à un meeting avec Julien Dray le 21 avril. Je leur dis que Dray ne fait pas rêver les foules et qu'ils auraient pu choisir une autre date. Ca ne les fait pas rire.

Les Verts, dont on ne sait pas trop s'ils défendent le oui ou le non, débarquent vers midi pour distribuer une sorte de journal local où il est très peu fait mention du référendum, mais beaucoup de ce que fait Baupin à Paris. Visiblement, ceux-là sont déjà en campagne municipale. 

De militants UMP, censés défendre le "oui" sincère de leur Président de la République, pas trace. Je discute un instant avec un militant UMP du centre, ex-RPR, gaulliste et fan de Séguin. Il est contre le Traité Européen et chambre les socialistes qui sont pour. Il m'explique que, si les cadres de l'UMP sont pour le Traité, la base oscille entre l'indifférence et l'hostilité. Exaspérés, les militants UMP souhaitent surtout nuire à Chirac et à Raffarin. Bref, d'après cette expérience limitée, si le oui passe, ça sera grâce à 55% du PS et à l'UDF (quoique...).

Une impression des passants, mais néanmoins citoyens :

Les passants sont plutôt impavides et peu de discussions s'engagent. Beaucoup refusent le tract mais, de façon moins agressive que pour les élections régionales de 2004, peut-être parce que je défend ici une idée et pas des hommes? Sinon, les partisans du "non" recontrés sont ancrés dans leur choix ; ils refusent de parler, et a fortiori de prendre le tract que je leur tend. Peut-être sont-ils si peu sûrs de leur choix et refusent une discussion qui pourrait les ébranler dans une  conviction hexogène? En tout cas, à part pour un ou deux, leur "non" n'est pas très constructif et ressemble à un coup de gueule un peu rageur, un peu aigri.Plusieurs personnes me disent voter "oui" et m'assurent de leur soutien. En règle générale, j'ai l'impression que la présence sur le terrain de militants du oui, prêts à discuter ouvertement, sans donner de leçons, mais avec leur sourire et leur enthousiasme à offrir, affaiblit l'idée reçue d'experts arrogants et lointains, éloignés des préoccupations du citoyen lambda.

PS : le "spot" ultime de tractage, repéré samedi : l'escalator de la porte Lescaut, aux Halles, qui draine une population, jeune, venant de toute l'Ile de France, et peu politisée. C'est là que se trouvent les réservoirs d'indécis à conquérir... 

 

 

 

 

 

 

par Antonin Prade publié dans : Paris
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Samedi 8 janvier 2005

Mon nom est Antonin Prade,

Je suis natif de Paris, résident du 4ème arrondissement, marié et père d’un petit garçon. J’aurai 30 ans en juin 2007, quand j'espère briguer les suffrages de mes concitoyens du centre de Paris aux législatives, sous les couleurs de l'UDF.

Au cours de mes études en sciences politiques et économiques, j’ai constamment cherché, par des stages et des échanges à l’étranger ou par des travaux associatifs (association Fleur de Bitume, apportant de l’assistance scolaire dans des quartiers défavorisés), à m’ouvrir sur le monde, à entendre et à comprendre les hommes et les idées. J’ai également cherché à analyser et critiquer les pensées toutes faites et à développer mes propres idées, toujours avec un souci d’indépendance et d’honnêteté intellectuelle.

A l’issue de mes études, j’ai choisi de travailler dans un cabinet de conseil en stratégie d’entreprise, où j’ai pu affiner mes compétences économiques en appréhendant les problématiques de grandes entreprises françaises, dans le secteur de la banque, des assurances, de la sidérurgie ou des transports. J’ai ensuite rejoint une filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations spécialisée dans l’immobilier public. Au sein de cette entité, j’ai eu l’opportunité de travailler sur des sujets au carrefour de l’économie, des questions sociales, de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme et des finances publiques. J’ai ainsi travaillé sur la répartition du patrimoine immobilier ferroviaire entre la SNCF et RFF, des Partenariats Public-Privé ou la création de logements sur d’anciens terrains industriels. Ces missions de conseil m’ont amené à aborder des thèmes aussi « politiques » que la compétitivité des territoires, le financement des infrastructures publiques ou encore la question du logement à Paris et en Ile-de-France.

Enfin, je me suis tout récemment associé à la création d’une jeune entreprise, dans le même secteur. Cette aventure me permet de mesurer les efforts qu’il reste à faire aux pouvoirs publics pour encourager le dynamisme des entrepreneurs et, par voie de conséquence, accroître la richesse globale de la Nation.

par Antonin Prade publié dans : Paris
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