La barbarie au bout de la rue

Publié le par Antonin Prade

On a beau vivre dans le Centre de Paris dans un environnement privilégié, libre et cosmopolite, on a beau croire qu'on a réussi à construire dans le Marais une poche de tolérance quasi-unique, certains faits divers tragiques nous ramènent péniblement à la réalité : c'est aujourd'hui un jeune homme qui est dans le coma à Paris (voir article du Figaro ci-dessous), c'était hier un homme transformé en torche humaine dans son jardin et un autre encore passé à tabac à Marseille dans une "chasse aux pédés" en 2004.

Ce sont également, tous les jours, des mots qui blessent, qui entérinent la différence et qui légitiment la violence gratuite. A titre d'exemple, si l'action politique du maire de Paris, Bertrand Delanoé, est à bien des égards hautement contestable, on ne peut qu'être frappé par le déchaînement verbal écoeurant que son homosexualité affichée déclenche systématiquement.

Les libertés individuelles ne sont jamais définitivement acquises ; seules une large solidarité sans faille et l'enseigment sans répit de la tolérance peuvent les entériner. Et c'est un travail de longue haleine.

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L'agression d'un jeune homosexuel traumatise le Marais - Le Figaro, 7 août 2006

Retrouvé inconscient dans un parc de Vitry-sur-Seine, Bruno Wiel est dans le coma depuis dix-sept jours.

LA COMMUNAUTÉ homosexuelle du quartier du Marais, à Paris, est bouleversée depuis la découverte, le 21 juillet dernier dans un bosquet du parc des Lilas de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), du corps tuméfié de Bruno Wiel. Ce comptable de 28 ans avait été vu pour la dernière fois au Banana Café, boîte gay parisienne, dans la nuit du 19 au 20 juillet. Il n'est sans doute jamais rentré à son domicile du XIVe arrondissement et a été retrouvé par des promeneurs plus de 24 heures plus tard, entièrement dénudé, à demi-conscient, grièvement blessé. Admis à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil, plongé dans un coma artificiel, le jeune homme souffre de graves traumatismes crânien et thoracique. Le pronostic médical est réservé.

Au Banana Café, où l'appel à témoins a été placardé sur la façade, Sébastien Groud, le directeur, «n'en dort plus depuis quinze jours». Il connaissait la victime, un habitué qu'il décrit comme un garçon «très gentil, discret, voire timide». «Les médecins ont affirmé qu'il a été torturé, brûlé, et que ses agresseurs ont pris sa tête pour un ballon de foot», dit-il, «profondément écoeuré». À ses yeux, le crime homophobe ne fait pas de doute : «Bruno n'avait jamais d'argent sur lui, pas de Carte bleue.»

La police judiciaire, chargée de l'enquête, se veut prudente et souligne qu'un homosexuel agressé «ne signifie pas forcément agression homophobe». L'appel à témoins a été lancé pour reconstituer l'emploi du temps de la victime. Le soir du 19 juillet, les videurs du Banana Café l'auraient vu arriver légèrement éméché, accompagné de deux hommes avec qui il serait reparti au petit matin.

D'après un enquêteur, Bruno Wiel, «qui connaissait beaucoup de monde dans ces établissements du Marais», ne se sentait pas menacé. Il surfait volontiers sur les sites Web de rencontres. Foued, habitué du Banana Café, estime que les homosexuels, qui donnent volontiers des rendez-vous à des inconnus, «se mettent souvent en danger».

Jean-Phi, le DJ, se plaint quant à lui d'une recrudescence d'homophobie dans le quartier. «Les insultes pleuvent ouvertement, dit-il, et il y a même des jeunes qui viennent casser de l'homo à la sortie de boîtes.»

Publié dans Paris

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Jules 14/08/2006 18:55

Il ne faut pas non plus crier au loup tout de suite... En reliant ce crime récent avec une "chasse aux pédés" en 2004 à Marseille, vous sous-entendez qu'il s'agit aussi d'un crime à caractère homophobe. Pourtant, rien n'a jusqu'ici permis de vérifier cette thèse : "La police judiciaire, chargée de l'enquête, se veut prudente et souligne qu'un homosexuel agressé «ne signifie pas forcément agression homophobe»."Hypothèse : si jeune homme agréssé était homosexuel et juif. Dilemme. Un crime antisémite à caractère homophobe ? Ou un crime homophobe à caractère antisémite ? Que devrions-nous en conclure ?