Economie

Jeudi 18 janvier 2007 4 18 /01 /Jan /2007 09:22

Les Enfants de Don Quichotte, en installant des tentes de SDF en plein centre de Paris, ont voulu attirer l'attention sur la situation dramatique, tout particulièrement en hiver, des plus mal logés de nos concitoyens (c'est un euphémisme). Dans la foulée, une association a occupé, et occupe toujours, un immeuble de bureau parisien pour y créer le "Ministère de la crise du Logement". Pour ne pas être en reste, le DAL a brièvement occupé le siège de Gecina, la plus importante société foncière française.

Toutes ces manifestations sont pavées de bonnes intentions et ont comme objectif de sensibiliser l'opinion publique ainsi que les pouvoirs publics compétents en matière de logement et d'assistance sociale (Etat, Région, Département, Commune, c'est-à-dire tout le monde). Comme souvent dans notre beau pays, la mise en exergue de l'aspect humain d'une situation de pénurie et de déséquilibre (en l'occurence de logement, mais on pourrait parler d'emploi, de formation) attire une réponse compassionnelle et finalement non opératoire. Parce qu'on peut parier à coup sûr que le problème du logement et de la réinsertion des SDF ne sera pas réglé ni en 2008, ni en 2012 par la mise en place d'un droit au logement "à la française". A ce titre, un article de l'agence Télos éclaire les enjeux et les limites du droit opposable au logement : http://www.telos-eu.com/2007/01/droit_au_logement_attention_au.php

En fin de compte, pour le problème du logement, rien de plus efficace qu'une analyse objective des problèmes pour éviter de tomber dans les mesures gadgets ou, plus grave, et si français, dans la création et l'attribution de nouveaux droits affaiblissant ou appauvrissant d'autres catégories de citoyens. Les principaux points noirs du logement en France sont les suivants, dans l'ordre décroissant d'urgence sociale  :

- une insuffisance et une inadaptation des structures de logement d'urgence pour les populations en grande difficulté;    

- une production insuffisante et une faible mobilité de leurs occupants même quand leur situation a positivement évolué conduisant à un stock de logements sociaux insuffisant (déficit estimé entre 500 000 et 1 millions de logements sociaux) pour répondre à la demande, massive ;

- dans le parc privé, une déconnexion entre le rendement locatif et la valeur des logements qui conduit les propriétaires à vendre plutôt qu'à louer et donc à réduire le parc locatif;

- toujours dans le parc privé, un durcissement des conditions de location (loyers et cautionnement) qui exclue de fait certaines populations et qui crée une situation absurde de personnes en CDI avec un salaire théoriquement suffisant se voyant refuser l'accès à la location ;  

- une absence de flexibilité des loyers et des prix de vente à la baisse, en particulier dans les (nombreux) logements vacants construits dans des cadres fiscaux type de Robien;

- dans les centres-villes des agglomérations et à Paris en particulier, une pénurie structurelle de logements et une hausse continue des prix et des loyers. 

Certains choisissent de dénoncer les effets de la spéculation immobilière, entretenue par les promoteurs et les marchands de biens, l'inaction coupable ou complice de pouvoirs publics et la cupidité des propriétaires : ça défoule et ça donne bonne conscience. Au-delà des invectives le constat d'une allocation faussée et dégradée des logements en France permet de distinguer les  pistes d'action suivantes :

- les SDF et les très mal logés sont les seules populations qui nécessitent un interventionnisme et une prise en charge publique : cette prise durable et coûteuse est légitime car elle concerne des personnes qui sont "hors circuit" et ne se réintégreront pas seules ;

- l'accès à un logement social doit désormais être considéré comme un droit temporaire pris en charge et accordé par la Collectivité à des personnes satisfaisant certains critères de revenus et de besoins : de fait, les offices HLM doivent procéder à des réévaluation des ressources et des besoins (départ des enfants, par exemple) et imposer des hausses de loyer progressives en fonction des revenus ou des déménagements dans l'immeuble ou le parc en fonction des besoins. Voilà une mesure sûrement impopulaire, mais au fond juste et équitable et permettant de libérer des logements d'une part et d'augmenter les revenus des offices HLM d'autre part...il va sans dire que les critères de revenus pour accéder à un logement social doivent être revus à la baisse (12 000 euros par mois et par foyer à Paris, par exemple, seuil fixé pour loger des fonctionnaires ou des "amis"...)

- permettre aux collectivités locales de se porter caution de locataires satisfaisant certains critères, afin de rassurer les bailleurs privés, ce qui serait sans doute plus efficace que des amendes aux mairies quand le seuil de 20% de HLM n'est pas atteint (soit il n'y a pas de foncier disponible, soit les communes résidentielles acceptent de payer les amendes)

- à Paris et dans les centres-villes des agglomérations, faciliter la transformation de bureaux osbolètes dans les immeubles anciens en logements en favorisant la construction d'immeubles de bureaux neufs et adaptés dans des pôles économiques définis.

Propositions préliminaires évidemment, et à discuter... 

Par Antonin Prade - Publié dans : Economie
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Jeudi 4 janvier 2007 4 04 /01 /Jan /2007 09:20

Je vous avais parlé récemment de mes jeunes amis les courageux dirigeants de Samas, qui ont délocalisé leur production de meubles de bureaux depuis la Chine vers leur usine de Picardie...Libé vous en dit un peu plus aujourd'hui...

Une bonne nouvelle économique pour commencer 2007, ça ne se refuse pas!

Des meubles qui reposent pied en France
QUOTIDIEN : jeudi 4 janvier 2007
L'année dernière, les 15 000 m2 de l'usine de Noyon (Oise) paraissaient presque vides. Les commandes se réduisaient, le travail manquait. «Rapidement, c'est devenu comme une psychose», témoigne la directrice des ressources humaines. Puis la direction de Samas France, filiale du numéro 1 européen du mobilier de bureau, a décidé de rapatrier en France une partie de la production délocalisée en Chine cinq ans plus tôt. Depuis septembre, Noyon et ses 150 salariés tournent à plein. «On ne fait pas de patriotisme économique, précise Valentin Schmitt, directeur des opérations de Samas France. On a pesé le pour et le contre en faisant fi de tous les dogmes : "Délocaliser rend plus compétitif", "L'industrie n'a plus d'avenir en France"...» Après cette «pesée», la relocalisation s'est imposée. Driss Jaouze, délégué syndical CFDT et salarié à Noyon depuis 1972, ne parle plus que de «la confiance» que les dirigeants ont faite à son usine. «On ne pourra jamais être aussi rentables que les Chinois, mais on va se rattraper grâce à une meilleure organisation.» 

 Au début des années 2000, Samas France décide de faire construire ses caissons et ses piétements de bureaux près de Canton, en Chine, pour économiser en salaires. Quatre ans plus tard, Samas France dépose le bilan. Et après un redressement judiciaire, la nouvelle direction décide de remettre à plat cette affaire de déloc... L'activité de l'usine de Noyon ne suffit plus à rentabiliser les équipements, ni à occuper les salariés, en chômage partiel un jour par semaine. Il fallait faire un choix : délocaliser totalement en Chine et fermer l'usine de Noyon. Ou au contraire, relocaliser dans l'Oise. «L'une des marques de notre groupe, Ronéo, existe depuis deux cent soixante ans, explique Valentin Schmitt, directeur des opérations . En Chine, les gains sur les coûts salariaux sont évidents. Mais une entreprise, c'est aussi une histoire, des compétences accumulées. En fermant une usine, on les perd sans pouvoir les récupérer. On s'est rendu compte que cette délocalisation posait pas mal de problèmes.»

«Ce n'est pas des jeans qu'on fabrique, ce sont des caissons de bureaux», lance Driss Jaouze. Et ça fait toute la différence : si ramener des puces électroniques de Thaïlande peut s'avérer rentable, pour les meubles plus volumineux, c'est une autre affaire. De la Chine à Noyon, cinq semaines de bateau. Et les prix du baril de pétrole qui ne cessent d'augmenter. «Vu l'ampleur des questions environnementales aujourd'hui, on a fait le pari que dans un avenir proche, les politiques de transport évolueront. Une taxe sur les billets d'avion vient d'être votée, pourquoi pas sur tous les moyens de transports ? Pour caricaturer, nous préférons payer nos équipes que le pétrole.» Autre sujet d'inquiétude : la réactivité de l'entreprise. La plupart des clients de Samas France sont cotés au CAC 40. Et soucieux de leur image. Ils réclament un mobilier à leur couleur, à leur logo. «Nos produits doivent être de plus en plus personnalisés, poursuit Valentin Schmitt. On le sait, les clients réclament un service plus qu'un produit. Ce qui suppose une proximité avec eux. Il faut pouvoir leur présenter un prototype en un temps record, qu'ils le montent in situ, le fassent valider par leurs salariés.» Pour contourner les difficultés de communication avec ses partenaires asiatiques, Samas envoie régulièrement ses équipes sur place. Ce qui coûte de l'argent et du temps. «Entre le moment où nous recevons un plan du bureau à construire et celui où nous livrons une démo à l'entreprise, il nous suffit de trois ou quatre jours quand il est monté en France. Contre huit semaines pour la Chine. Aucun client n'accepte d'attendre autant.» En parallèle à la relocalisation, Samas France a mené une réorganisation de sa production. Les salariés de Noyon ont perdu de leur polyvalence, le travail a été rationalisé. Pour rendre les salariés «plus performants», explique la DRH du site. «50 % de l'écart de coût a été trouvé dans l'amélioration du process. On considère qu'on gagnera les 50 % restants grâce à la baisse des coûts du transport», rapporte Valentin Schmitt.

Cette relocalisation ne serait pas un cas marginal. «Beaucoup d'entreprises s'engagent à l'étranger pour rapidement découvrir que leur choix n'était pas très judicieux, commente l'économiste Olivier Bouba-Olga. Leur raisonnement de base est souvent partiel. On évalue facilement les gains qu'on tirera du coût du travail. Mais on néglige tous les coûts cachés : les problèmes de qualité, le prix de formation de la main-d'oeuvre, le taux de change, les assurances, les transports... Tout dépend du secteur : le coût de la main-d'oeuvre est-il prépondérant ? A-t-on besoin d'une grande proximité avec le client ?» Une étude du cabinet McKinsey réalisée aux Etats-Unis en 2005 montre l'écart entre la perception des entreprises et la réalité : interrogés, les chefs d'entreprises californiens du secteur plastique estiment qu'ils feraient un gain de coût de 22 % en délocalisant en Asie. Après études des coûts cachés (logistique, assurance, formation, défauts), les chercheurs estiment qu'ils n'en gagneraient que 11 %. Et s'ils réorganisaient, en Californie, leur appareil productif pour le rendre plus rentable, ils n'en gagneraient plus que 3 %... «Tout cela explique que les délocalisations ne pèsent pas aussi lourd qu'on le dit sur le marché de l'emploi, assure l'économiste. Les délocalisations vers les pays en développement ne représentent que 5 % des destructions d'emplois sur le total des restructurations des Quinze.» Et que certains départs se finissent en retour.

Par Antonin Prade - Publié dans : Economie
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Jeudi 28 décembre 2006 4 28 /12 /Déc /2006 16:50
Je vous conseille vivement Le Jour où la France a fait faillite, un livre bien documenté et très réaliste de politique fiction sur le jour pas si lointain où les créanciers internationaux d'une République Française plombée par son laxisme budgétaire et la lâcheté de ses hommes politiques refuseront de lui faire crédit...
 
Alors d'accord, le bouquin est co-écrit par Philippe Jaffré (oui, oui, celui des stocks options d'Elf), d'accord c'est Ségolène Royal qui y a gagné en 2007, mais il a le mérite d'alerter, tant que c'est encore possible, sur cette bombe à retardement qui nous pend au nez et qui est un des principaux chevaux de bataille de François Bayrou et de l'UDF dans les échéances électorales prochaines. 
Par Antonin Prade - Publié dans : Economie
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Mardi 5 décembre 2006 2 05 /12 /Déc /2006 09:00

Un coup de chapeau en passant aux jeunes dirigeants de la société SAMAS, qui produit des meubles de bureau et qui ont relocalisé une partie de leur production depuis la Chine vers leur usine de Picardie.

La preuve en images sur le JT de France 3 du 4 décembre (1er reportage du JT): http://jt.france3.fr/ 

 

 

Par Antonin Prade - Publié dans : Economie
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Lundi 16 janvier 2006 1 16 /01 /Jan /2006 10:53

Dans l’après-guerre, puis au moment de la montée du chômage qui a suivi le choc pétrolier de 1973, la France a adopté un système d’assurance-chômage généreux, maintes fois réformé depuis et en déficit chronique. Ce système est devenu, selon les points de vue, un pilier du modèle social français ou un droit acquis intouchable, censé réduire les inégalités sociales et offrir un filet de sécurité collectif pour les accidents professionnels.

Pourtant, en 2005, aux côtés d’ouvriers victimes de délocalisations industrielles, on peut trouver un jeune banquier d’affaires parisien licencié disposant de 4500 euros mensuels versés par les Assedic et partant faire un tour du monde d’un an ou un jeune licencié du secteur des médias choisissant de s’installer à Barcelone pour y rejouer pendant deux ans l’Auberge Espagnole. On trouve également un ouvrier du bâtiment portugais qui vient rénover des maisons dans le Lot pendant un an, avant de repartir dans son village natal des environs de Lisbonne où les allocations des Assedic lui permettent de vivre pendant deux ans sans travailler. On notera au passage qu’au Canada, infâme cloaque néolibéral bien connu, les allocataires de l’assurance-chômage n’ont pas le droit de quitter le pays, car ils sont censés chercher un travail…Pour revenir en France, on trouve également de jeunes actifs diplômés mécontents de leur travail demander, et obtenir, d’être licenciés par leur employeur, ce qui leur permet de chercher sans pression une position convenant davantage à leurs attentes. On voit également des maisons de production fournissant des programmes télévisés à des chaînes publiques employer, au noir évidemment, de jeunes chômeurs qui vivotent en cumulant une petite allocation chômage et de maigres piges ponctuelles. On a enfin entendu parler d’une consultante d’un grand cabinet américain demander à être licenciée afin de passer le concours de l’ENA allégée de toute contrainte financière ! Aux dernières nouvelles, le cabinet américain aurait très civiquement refusé cette demande…

Tous ces exemples sont réels, ils ne sont ni grossis, ni déformés. Faut-il en conséquence jeter la pierre à des personnes qui, évoluant à la limite de la fraude, optimisent leurs ressources financières aux dépens de la collectivité ou blâmer un système dépourvu de contrôle effectif des indemnisés ? Un peu des deux, sans doute, car le contrat social français, qui repose sur un système de redistribution équitable entre les plus faibles et les plus forts, est miné par ces comportements qui dessinent chaque jour davantage le visage peu avenant d’une France où règne la règle du chacun pour soi, où les phrases-sésame « j’y ai droit » ou « les autres le font bien » tiennent lieu d’alibi déculpabilisant au moment de profiter d’un système dévoyé et à bout de souffle.

Et surprise ! Les victimes de ces abus sont toujours les mêmes, ce sont ceux qui paient toujours la facture de tous les pots cassés dans la France de 2005. Ce sont d’une part les plus faibles pour qui le système a été conçu, ouvriers d’industries délocalisées à qui la collectivité doit assurer une formation de reconversion ou encore les jeunes ballottés de CDD en CDD, voire au RMI, sans le filet de sécurité qu’on devrait assurer aux plus précaires dans une société solidaire. Ce sont d’autre part ceux qui financent le système, appliquant simplement les règles et ne considèrant pas le système d’assurance-chômage comme une vache à lait. Et encore, ceux-ci commencent ils également à se douter qu’ils devront s’acquitter un jour de la facture accumulée par d’autres…

En conséquence, faute de volonté politique sur le contrôle des chômeurs face aux levers de boucliers des syndicats, le système d’assurance-chômage se retrouve au cœur de la sclérose économique, sociale et morale de notre pays. Face à ce blocage, arrivera peut-être le jour où la cotisation à l’assurance-chômage deviendra facultative, ce qui en provoquerait la faillite quasi-certaine. Les personnes abusant du système seront-elles les mêmes à en réclamer le maintien en l’état à corps et à cris ? Peut-être pas, mais il ne faudra pas s’étonner si ceux qui respectent encore aujourd’hui les règles dénoncent un contrat social obligatoire dont chacun ne se sent pas tenu par les mêmes termes.

Par Antonin Prade - Publié dans : Economie
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